C'est la nuit dans un quartier populaire de Dakar.Qui se couvre de promesses, grelottera au grand froid.
Birago DIOP, Les Nouveaux Contes d'Amadou Coumba
Il est 23 heures passées mais la rue grouille de monde, marée humaine jetée dehors par la chaleur qui ne finit pas de sévir, l'exiguité des maisons surpeuplées et la simple curiosité de ce qui se passe dehors.
Le coin de la rue est éclairé par un lampadaire qu'un adroit jet de pierre a dut esquinter puisque son ampoule pend au bout d'un cable, oscillant au gré d'une brise rare, diffusant une lumière jaune et blaffarde. Un peu à l'ecart du lampadaire, un groupe de jeunes s'anime de débats passionés, d'eclats de rires sonores et parfois, de piques taquines lorsque passe une fille du quartier. Au loin, on peut entendre un haut-parleur saturé brailler les inévitables chants religieux qui ne reussisent toujours pas à enchanter les nuits dakaroises. En face, une bonne femme s'active autour d'un fourneau où brule du charbon de bois invectivant sans arrêt sa fille dans un peul chantant : elle grille des cacahuetes (dans une poëlle remplie de sable chaud) pour les vendre en cornets aux passants et aux voisins habitués.
Banale et finalement paisible scène nocture de ce quartier.