La scène se déroule dans un "car rapide", un des ces monstres roulants qui
encombrent les rues de Dakar au grand regret des autres conducteurs mais qui
font office de transport en commun le plus populaire de la ville. Ces cars,
qu'emprunte la grande masse laborieuse qui se deverse chaque jour de la grande
banlieue dakaroise vers le centre, sont un laboratoire de notre société.
Mon cousin qui a emprunté le car ce matin là tente en vain de sauver le
repassage impeccable et la blancheur de son ample et superbe Kaftan
aux broderies élaborées mais la tâche est ardue. Sur sa gauche, il a une
vendeuse de poissons qui transporte toute sa marchandise dans une large bassine
qui encombre l'étroit couloir du car et dont les éffluves "marines" sont bien
moins dangereuses que les arêtes tranchantes et queues de poissons qui en
débordent joyeusement tentant d'ecorcher les pan du Kaftan. Sur sa droite, un
jeune homme est plongé dans la lecture d'un journal qu'il étale sans gène sur
ses voisins les obligeant à des contorsions qui achèvent de froisser mon
fringant cousin.
Ce lecteur indélicat est en fait un voleur en pleine action.
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