Le 19 Mars 2000. Je m'en souviens avec acuité. Non, ma fille, je n'ètais pas pris comme l'immense majorité de mes compatriotes dans la fièvre de ces élections de la dernière chance. A 19 h, tandis que fermaient les bureaux de votes, j’attendais dans le hall de la maternité, tendu et songeur, priant de toute mes forces ta mère, en pleine délivrance. Son attente fut longue et ta venue au monde coïncida pratiquement avec les premières rumeurs de l'autre délivrance. C'est donc fou d'une autre joie que j’ai rejoint en sortant de l’hopital la foule en liesse qui fetait ce qu'on appelait déjà l'Alternance.

Et déjà, père inquiet je me demandais dans quel pays tu grandirais. J'en sus bien vite quelque chose. Ce serait d'abord dans un pays de changement. Un président élu porté en triomphe par toute une jeunesse c'était un sacré changement. Un président battu félicitant son adversaire, cela ne s'était jamais vu. En un geste, ces deux là venait de signer la redemption de tous leurs homologues et une nouvelle classe politique venait de naitre. Une classe politique responsable, respectueuse des règles d'un jeu arbitré par le peuple. Une classe politique inspirée par un espoir collectif et portant en eux un dessein plus large que le personne. D'ailleurs en une nuit c'est un déclic qui a semblé s'opérer chez chaque homme politique et en particulier chez le nouveau prèsident. En effet, de l'opposant, on avait déjà entendu les rumeurs d'une personnalité particulière : égomanie, cynisme à la limite de l'amoral et amour féroce du pouvoir. On ne retrouva jamais cela chez l'homme une fois élu.

Le respects des règles ! C'est le premier principe que mis en avant le nouveau président. Le premier exemple qu'il en donna frappa tous les esprits. En effet lors de sa prestation de serment, la jeunesse passionnée voulu faire de son Hymne à la jeunesse le chant qui marquerait la cérémonie. En effet il avait toujours critiqué notre hymne national et avait composé ses propres vers qu'il dédiait à la jeunesse. Pourtant, voici ce qu'il leur rappella sobrement :

« Je n'aime certainement pas notre hymne actuel, composé par Senghor d'une manière trop française et qui plus est, mise en musique par un français. Il ne parle pas assez à ma fibre africaine. Mais, mes chers compatriotes, mes jeunes amis, je dois vous dire ceci : tant qu'une constitution encore valide en fera l'hymne national du Sénégal, alors moi, et vous tous, nous devrons témoigner à cet hymne le plus grand respect. Car c'est au Sénégal et à tout ce qui le représente que nous devons ce respect. Et surtout, parce que c'est la loi fondamentale de notre nation qui l'exige et notre premier devoir est de respecter la loi.»

Il fit cette déclaration avec ferveur et véhémence, les yeux brillants d'une flamme jusque là inconnue. La foule muette pendant un instant lui fit une ovation fantastique. Et déjà les germes du changement était planté parce que l'ovation saluait non pas un homme mais une idée, celle du respect envers tout ce qui représente notre nation et, plus, de respect de la loi.

Ce même jour, dans son adresse à la nation, il posa les termes du changement.

Comment te les raconter ? Tu les connais déjà , c’est vrai, puisque tu vis avec. Mais les avoir vécu est un autre histoire. Tiens permets que je te raconte, comme je les ai vécus, ceux qui m’ont le plus marqué. Permets ma fille, a ton vieux radoteur de père, de te dire en dix anecdotes ce que tu sais déjà.