Fêtes sous tous les tons : Tabaski - Aid El kabir - Fete du Mouton (1)
Par Doomu Rewmi le samedi 23 février 2008, 15:07 - Chroniques d'une société dérèglée - Lien permanent
Tabaski. Aid El Kabir. La fête du mouton.
Il y a bien sur dans ces diverses appellations d'une fête plusieurs manières de la percevoir. Plusieurs perceptions qui ont traversé ma vie si bien qu'il m'arrive de me demander régulièrement s'il s'agit de la même fête. Est ce que la Tabaski de mon enfance dakaroise a quelque chose à voir avec l'Aid de mon ami Youcef à Paris ou la « Jouldé » de mon cousin au village ? Et quel est le lien entre tout ceci et la stupide image de "mouton dans la baignoire" facilement évoquée par certains pour alimenter les xénophobies ? Cette année tandis que je regardais venir la fête à Dakar, sous un angle encore nouveau pour moi pour des raisons que j'expliquerais, j'avais envie de passer en revue tous les avatars de cette fête que je connais.
Cela commence bien sur, il y a pas mal de temps, à Dakar, dans la tête d'un enfant ....
Tabaski!
C'est ainsi qu'on appelle [1] l'Aid El Kabir au Sénégal. Et c'est ce mot qui évoque précisément la fête populaire de mon enfance.
Une fête annuelle qui a dû être pour nous enfants du Sahel ce que Noël était pour d'autres enfants ailleurs. Et comme Noël, c'est d'abord les préparatifs qui nous amusaient. Pour moi, c'est Maman qui donnait le premier signe de l'approche de la Tabaski lorsqu'elle nous engageait dans le grand nettoyage de la maison. Rideaux et meubles, murs et sols, tout devait être remis à neuf pour la fête. On s'y attelait avec l'excitation qu'un enfant a toujours pour l'inhabituel, la rupture de la routine familiale. Nous prenions avec enthousiasmes les balais, les têtes de loups, les brosses et les seaux. On grimpait avec une joyeuse agilité les échafaudages de fortune (tables superposées, un seau renversé, n'importe quoi nous servait d'escabeau) pour accéder aux hauteurs de la maison. Bref on s'amusait tous follement.
Puis arrivaient les premiers moutons qu'on voyait conduits par des marchands ambulants qu'un homme avait vite fait d'interpeller avant d'entrer dans le rituel de l'évaluation puis du marchandage. Nous arrêtions alors nos jeux pour le regarder faire.Il le tâtait, lui ouvrait la bouche pour évaluer son age par sa dentition, reculait de quelque pas pour apprécier son allure. "Foq Niaar la!" ("Il est à sa deuxième dentition") affirmait le vendeur avant de rajouter : "Guiss nga ni ben melo la" ("Et tu vois qu’Il a une robe d'une seule couleur"). Ainsi commençait le marchandage habituel. Si tout ceci aboutissait à une vente, c'est souvent un fils fier, un d'entre nous, qui venait prendre en charge le bélier pour le ramener à la maison.
Ah les moutons et les garçons! Une belle et terrible histoire que celle entre les jeunes garçons et le bélier paternel. Des garçons sous d'autres cieux comparent peut-être les bagnoles de leurs pères; nous, nous mesurions la grandeur de Papa à l'allure du bélier. Alors forcément on s'en occupait avec soin. On se levait assez tôt le matin pour doucher le bélier (qui était parfois récalcitrant ou qui s'échappait et cela donnait un joyeux bordel, il faut dire), le brosser pour faire luire sa robe impeccable. Puis on l'attachait devant la maison pour le laisser sécher et surtout le faire admirer. C'était une véritable exposition de moutons dans tout le quartier et nous allions de l'un à l'autre commentant en connaisseurs l'élégance des cornes chez l'un, la force dégagée par l'autre, la beauté du poil de celui-ci. Et chacun de se remettre à la toilette de son mouton. Certains allaient jusqu'à teindre le bout des pattes et de la queue au henné ou lui ciraient les cornes. On lui achetait la plus belle herbe, le meilleur fourrage. On s'assurait qu'il buvait. Bref on le bichonnait. Tant et si bien qu'il arrivait fréquemment qu'un gamin se retrouve si attaché au mouton qu'il pleurait à chaudes larmes lors de l'inévitable sacrifice et refusait de manger de la viande.
Oui parce que bientôt arrivait le jour de la Tabaski, les derniers préparatifs... Ah .. oui. J'oubliais tous les autres préparatifs, les courses pour acheter des beaux coupons de tissus, la séance chez le couturier qui les fera sur mesure, les boutiques encore vers minuit pour trouver la paire de babouches adéquates,... etc. Puis on se réveillait tôt le lendemain et on y était déjà.
Je me vois encore, dans le boubou aux larges pans bien gominés, le bonnet imitant celui de Papa, le tenant fièrement à la main pour aller à la Grande Mosquée. Première exhibition de mes beaux habits. Au retour, on égorgeait le mouton dans la cour de la maison. Désordre familial garanti : Papa qui demande pourquoi tout n'est pas prêt, Maman qui insiste pour qu'il se mette un pagne autour pour ne pas tacher de sang le tissu très cher qu'il porte, un petit qui pleure parce qu'il ne faut pas tuer le mouton, un autre qui n'a pas finit de creuser le trou où on déversera le sang et les boyaux, Papa qui ne trouve pas le couteau bien aiguisé, Maman qui veut encore acheter quelque condiment pour la grillade, ma sœur qui essaie d'allumer le feu, l'autre qui rate les frites, Papa qui s'énerve parce que tout le monde n'est pas là ... et tout le monde qui s'arrête soudain, une minute solennelle pendant que Papa égorge enfin le mouton que quelqu'un a réussi à entraver et à coucher par terre. Le filet de sang n'a pas faibli que l'activité s'emballe à nouveau.
Une heure après on mangeait déjà les premières grillades, puis après plusieurs plats successifs, les adultes s'étendront pour une sieste, la fête finie pour eux. L'après-midi appartiendra aux enfants. On remettra nos tenues et on sortira faire le tour des maisons du quartier pour demander nos étrennes. Le soir venu on comptera fièrement nos pièces qui serviront à une petite partie du lendemain entre enfants.
Bien sur, au prochain jour de classe, le maître nous demandera de raconter tout cela dans une rédaction. Je n'y suis jamais vraiment arrivé.
Notes
[1] Le mot vient probablement d'une langue berbère qui dénomme cette fête Tafaska. L'origine réelle serait liée à la paque juive (pesha). M'enfin c'est ce qu'ils disent sur le net ....
Commentaires
1-) Ravi de te lire à nouveau, ça valait la peine d'attendre
2-) Merci de me replonger dans mes agréables souvenirs
3-) Ayant grandi à Rufisque, nous avions en plus le bonheur de prendre prétexte du lavage du mouton pour aller très tôt à la plage le jour de la tabaski!
Hello Hady.
Un plaisir également de te retrouver. Je fais du rattrapage sur ton blog également. Du plus récent au plus ancien. (J'en suis au "Pas mieux" sur l'article de com-vat.com )
Good to be back
"
Bien, au prochain jour de classe, le maître nous demandera de raconter tout cela dans une rédaction. Je n'y suis jamais vraiment arrivé.
"
Je le retrouverais volontier ton maitre pour lui faire lire ta copie du jour lol. un vrai regal. MErci
heuuu je précise hein, ce n'est pas moi qui ratais les frites. je ne rate jamais de frites mouaaa (lol)
well cela me fait penser que nous avons une version totallement différente des tabaski "temps boys". Nous = garçons et filles.
Quand vous vous occupiez du bellier nous c'etait plutot les tresses, la robes, les preparatifs pour la bouffe avec maman. et surtout oui le grand menage...Je dosi avouer que ce Tabaski là me manque beaucoup, à l'epoque je n'etais pas encore traumatisée par tout ce qu'il y aurait comme travail menager à abattre pendant mais surtout minimum un mois après la fête. Quand je pense que ces pauvres "bonnes" font ça toute l'année avec un salaire de misère j'ai mal au coeur !
Naty, on y avait pas pensé, mais tu as parfaitement raison, il doit exister une autre ambiance tabaski différente de celle que DR raconte, la tabaski vue par une petite fille. Mais attention, si tu le confirmes, on va te demander de nous raconter.
Nongoli ndour a en une belle version également :
http://fr.youtube.com/watch?v=ihNKW...
Monsieur,
Je suis un jeune français agé de 22 ans. J'étudie l'histoire à Paris. Et je suis actuellement en train de faire un exposé sur les talibés. Connaissant bien le Sénégal pour y être allé plusieurs fois, je souhaite faire connaitre cette pratique scandaleuse et inconnue des français aux étudiants de ma classe. En faisant mes recherches sur internet, je suis tombé sur un article de vous où vous parliez de ce jeune talibé dont vous aviez croisé le chemin.
Je vous écris aujourd'hui pour vous demander si vous me donner l'autorisation de lire votre texte aux étudiants de mon université. J'ai en effet trouvé votre texte très émouvant, très juste juste et surtout tellement vrai.
Dans l'attente d'une réponse de votre part!
Répondez moi sur mon mail.
Cordialement
Thibaud,
Salam Thibaud.
Lire mon texte à ta classe ? Bien sur que tu peux (mes textes sont publiés sous licences creative commons cc by sa). Yeah read away, friend. Mais je crains bien que ce ne soit la goutte qui fera deborder mon ego en une immonde coulée de narcissique.
Accessoirement, si tu cause des talibés, je me permets de recommander un certain recul sur non pas "cette pratique scandaleuse" (le mot "pratique" semble pointer un auteur unique et coupable. et puis scandaleux cela fait un peu people non ?) mais ce phénomène déplorable/intolérable/tout-ce-que-tu-veux. Il faut creuser et creuser et éviter les explications faciles.
Merci et bon courage dans ta volonté de sensibiliser.
PS : Pardonnes le tutoiement, il est de mise dans la maison. Il est amical et "retirable" sur demande.
PS du PS : Je t'envie d'étudier l'histoire. Quand je serais (scandaleusement!) riche, j'arrêterais de travailler et j'étudierais l'histoire.
une description parfaite de cette fête qui nous a et continue de nous faire rever.
Ma fete de tabaski ici ( france )ne ressemble plus à celle que je passais à dakar , il m'arrive de travailler le jour même ou bien d'être au courant le lendemain de la fête.
Merci de m'avoir plonger dans cette ambiance exceptionnelle.
Aah,kel nostalgie!aprés la lecture de c bo témoignage sur la tabaski d nos jeunésse passée! J m souviens.. D tas ,d bon moments..nos bale ou coladéra!les petites dispute ,sur le reste d argent d tel boye ki n avé pas tout donné..mé bon on fini par l accepté car il allé nous manké si on l exclu!c aussi balou-ake, c grand jour..ouff pour ma fiérté..car j brulé d m réconcilié avec un copain mé hor d kestion d fer l premier pas ,lui pareil,é cela durat tré, longtemps.j entend encore la voi d la copine d ma tante fimbo, ki lui disait..ééh faut rajouté l coussecous car y en aura pas assé!les soirée inoubliables dançée au saint germaine,discothék pas loin d building maginot aujourd hui hélas razé!tout cela é du passé.heureusement on a lé souvenirs;é passé aujourd hui tabaski a dakar n a plut cette atmosphére, alor kan mon cousin m dmandat si j résté juska tabaski, ou une amie j leur ai di k boungou lénn ma!tout , saufe cette tabasbouf-khalis!oui lè temps change.voir lé gents fauché durement,voiloir s payé1 mouton,habil neuf, pour s retrouvé souba çi,hoss-sonne!j m dit k l on intérpréte à domage, sans dicernement,sur baukou d nivaux l islame.èh oui lé lendemains d tabaski,pour certains..c la route au comissaria central,ou reubeusse!kél digéstion!babénéne.prado-sy!syshyame@gmail.com
Merci pour cet article qui m'a tant fait rire...
tant de souvenirs de la Tabaski a Nioro du Rip durant mon enfance. Les apres-midi passees a demander le ndeweneul, puis les pastels qu'on se faisait le lendemain...quand on ne se faisait pas "siif" l'argent par des gamins plus ages, plus costauds que nous. si bien que nous avions fini par cacher l'argent dans nos souliers!
tous ces souvenirs qui me sont restes chers et que je partage avec mes enfants qui n'auront pas eu cette chance de grandir en Afrique...
Merci encore une fois!
je remerci pour tous se qui croi en allah qui font le ramadan continuer come sa et inchaalah que tous les musulaman vont au paradi
et ausi bonne fete du mouton et n oublier pas croire en allah et la meilleur des chose
et ausi bonne fete du mouton et n oublier pas croire en allah et la meilleur des chose