Quitte le pouvoir chante Tiken Jah Fakoly. Quitte le Sénégal lui rétorque le ministère.

Ma première réaction incrédule à la rumeur s'est immédiatement muée en une révolte catégorique. Dans le Sénégal, prétendu pays de la Teranga, qui se voulait haut lieu de  la culture noire sous Senghor, dans mon Sénégal!, quelqu'un qui ne m'a pas demandé mon avis, vient en mon nom de mettre dehors un homme pour qui j'ai le plus grand respect ?!  Intolérable!

Après quelques heures j'ai commencé a voir ceci sous un angle plus ironique.  Tiken Jah persona non grata au Sénégal ? Je suis mort de rire. Il sont également morts de rire à cette idée tous les spectateurs qui ont rempli les  concerts qu'il a tenus cette semaine à Dakar, ceux qui ont entonné avec lui chaque chanson, chaque appel à la conscience africaine, chaque pamphlet dénonciateur, ceux qui ont vibré au son de sa belle voix mandingue et de son reggae talentueux, oui tous ceux là trouveront aussi la déclaration ridicule. Parce que lorsque Tiken Jah Fakoly frappera à leur porte, ils lui ouvriront leur cœur comme à un frère, ils l'honoreront comme un prince, ils l'acclamerons comme le  grand guerrier moderne qu'il est et ils le salueront comme un digne fils de notre pays.

La déclaration officielle ? Une brindille de plus dans la roue de son char. Mais surtout un trophé de plus prouvant la peur qu'il a inspirée. Peur stupide qui a amené quelque laquais mal inspiré du régime à croire qu'il servirait mieux son maître en muselant cette voix. Il cède ainsi à la facilité de la censure et honore Tiken Jah de la seule récompense qu'il mérite: la panique qu'il provoque dans le cœur des faibles.