Spéculations sur la dignité
Par Doomu Rewmi le mardi 20 novembre 2007, 00:43 - Magazine du (théatre) Politique - Lien permanent
On ne parvient aux dignités que par mille indignités.
(Francis Bacon)
Il y a dans ce monde bien capitaliste des marchés qu'on ignore.
Mais celui-ci ne se cache pas. Dès que j'ouvre les journaux, je le vois sous mes yeux qui prête à sourire. Ce marché c'est celui des dignités.
C'est un classique sur le théâtre politique, de mon petit pays comme des autres qui se prétendent grands.
Pour commencer, on y voit des personnages commencer une vie d'engagement. Le choix de l'engagement importe peu ici pourvu qu'il soit noble.
Et il y 'en a des principes nobles à défendre.
Ceux de la justice sociale par exemple. Vous savez le joli discours autour de l'idée étrange de construire ensemble un système où tout le monde tire son compte plutôt que d'organiser une compétition féroce dont seuls les plus ... euh .. féroces, tiens! ... pourront être les vainqueurs laissant les autres sur le pavé. Cette idée, cela s'appelle souvent le socialisme, même si selon le choix de la manière de la réaliser on lui trouve des noms plus typés et dont la distinction vaut des combat à mort pour certains : communisme, trotkysme et des trucs méchants comme ça. Les rouges qu'on les appelle aussi (bien que la version rose bonbon, très édulcorée, soit la plus courante aujourd'hui). Oui, la justice sociale c'est pas mal comme principe noble pour se forger une dignité politique.
Mais il y a aussi la solidarité comme principe noble. Là on fait carrément appel au cœur (alors que plus haut évidemment on parlait aux couilles ... pardon, à la raison). C'est du grand sentiment. Mère Theresa. On peut faire une association (c'est plus facile qu'un parti, on ne doit pas gagner les élections ou gérer un vrai truc). On peut même l'appeler Machin Sans Frontières et devenir célébre. Là on se forge une belle dignité politique qui peut même se targuer d'un certaine pureté. Ah la pureté! vachement bien ce truc.
Plus limite il y a le patriotisme. Beau principe normalement mais victime d'une malheureuse tendance à virer au nationalisme bête et méchant. Et puis le principe inverse, l'internationalisme est tout aussi vendeur. Ouais c'est limite le patriotisme mais quand on fiat un appel à une date bien choisie, la main sur le cœur, à l'amour de la mèèère patrie, ça vous conscrit un sacré capital pour la suite ça. Faut bien viser la date.
Enfin tout ceci pour dire qu'au départ il s'agit de se construire un capital de dignité. Oui CAPITAL dis-je en lettre du même nom. Parce que le but c'est de le convertir à la fin. En quelque chose de plus consommable.
En France, on le fait en se laissant recruter par un président réactionnaire de la droite décomplexée par exemple et on fait une belle carrière de ministre des affaires étrangères va-t-en guerre tout en entrant dans la grande nébuleuse affairiste assez juteuse qui entoure ledit prince .. euh pardon président.
Au Sénégal, on est plus francs, on annonce simplement son ralliement au camp présidentiel. On trouve soudain le chef de ce camp paré de toutes les vertus et on explique combien il serait amoral de ne pas lui donner un soutien inconditionnel. On voue aux gémonies toute critique et on se place sous la servitude volontaire du maître à penser. Cela paye aussi. Facilement par un maroquin ministériel juteux quoique temporaire. Mais si on sait maintenir le volume sonore de son asservissement on peut faire durer.
Dans les deux cas, on devient un ardent défenseur du nouveau maître. Et on a une arme utile. Une garantie puissante : la dignité acquise dans son passée.
Ah faut les voir la ramener, ces vendus qui, la bedaine remplis du fruit de leur trahison, le poil luisant de satiété, osent rappeler leurs combats passés pour tenter de cacher leur reddition présente.
Cela leur réussit bien, remarquez. Ils récoltent ainsi les plus values de l'investissement passé dans une noble cause en vendant leur dignité sur le marché politique.
Une histoire banale et somme toute bien respectueuse des principes sacré de la belle économie de marché qui pourrit .. pardon, régit désormais notre monde.
Cela dit, les mauvais esprits trouveront quelques méchanceté à dire.
D'abord, l'acheteur sur ce marché,par son seul achat, avoue ainsi être en défaut de cette denrée rare : la dignité. Oui tout le monde le savait déjà, certes. Vous, moi et peut être lui. Mais là il se l'avoue. Et vus les monstrueux problèmes de psychanalyse que constituent généralement ces egos tordus, cet aveu, l'air de rien c'est un grand pas. Vers la decomplexation.
Mais le plus drôle c'est le cas du vendeur. En fait il détruit sa marchandise par le seul acte de la reconnaître comme vendable. La dignité se prête mal au troc. Pour telle et telle faveur, je mets mon CAPITAL dignité au service de ta cause discréditée, dit le vendeur et c'est bien. Mais il l'a à peine dit que le fameux capital commence à fondre comme une action surévaluée quand la bourse perd les nerfs(qu'elle a fragile, vous savez. Dit "Bouh Subrpime! a un trader pour voir). On réalise soudain qu'elle n'a jamais existé cette valeur ailleurs que dans l'imagination des petits épargnants qui y ont cru.
Un vrai marché de dupes. On vend un truc prouvant au passage qu'il n'existe pas et il y a un idiot qui achète et prétend s'en servir auprès d'autres qui voudraient encore y croire.
Ce marché de dupes s'appelle ouverture en France. Au Sénégal on appelle cela selon la saison "majorité élargie", "gouvernement d'unité nationale", ... etc
Il me rappelle un jeu de mon en enfance. Lambi Golo, l'arène des singes. Toute personne debout sur le champs de jeu, se faisait tirer les pieds et renversé par les autres. Au final tout le monde finissait par terre.
Commentaires
Je comprends tout à fait, mais la politique n'est que le jeu de la vie, ce ne sont pas seulement les politiciens, mais les Hommes dans toute leur grandeur et dans toute leur médiocrité.
Tout s'achète, même la dignité.
C'est vrai que ce marché des indignités s'étend dans toutes les sphères.
Mais dans tous les domaines, cela reste un marché de dupes : dès que la dignité a un prix elle n'a plus de valeur.
Et je crois que les acteurs du marchés croient tromper le public dans cette affaire. Or je ne vois pas comment. On peut (se) raconter les histoires qu'on veut, mais tout le monde sait te dire qui est du coté des "bons" en l'écoutant 5 minutes.