L'Histoire de Patrick Devine que j'ai découverte parce que je jette parfois un coup d'oeil distrait sur des journaux britanniques en ligne, est passée totalement inaperçue dans la presse sénégalaise tandis qu'elle soulevait une forte émotion dans les chaumières de son Donegal natal.

L'histoire est presque drôle.

C'est celle d'un irlandais venu au Sénégal dans le cadre d'un programme de volontariat (TPA) mener des actions humanitaires en direction des enfants (Oui, touchant). Ce devait être des sortes de vacances utiles, faire oeuvre humanitaire et voir du pays ... A l'étape de Saint Louis, pendant qu'il sillonne la vielle île aux superbes bâtiments coloniaux, déclarés patrimoine de l'Humanité, Patrick s'offre le délire de sa faire prendre en photo les fesses en l'air devant l'imposante bâtisse de la gouvernance. "Mooning", comme cela se dit en argot anglais, allusion probable aux deux globes ainsi exposés comme deux croissants de lune (et preuve faite donc par la couleur que ce n'est une exactement une pratique sénégalaise). Le contraste entre le lieu de pouvoir et son moqueur arrière-train devait probablement plaire au jeune esprit subversif. Sauf qu'un passant choqué par l'exhibition impudique fait venir la police et le voila en prison attendant d'être jugé pour attentat à la pudeur ou un truc de ce genre.

Les articles des journaux anglais ou irlandais qui rapportent l'affaire utilise des termes qui me laisse l'impression que le jeune homme est retenu dans une geole terrible en contrée barbare [1]pour avoir bafoué quelques tabou arrirèré. Leur ambassadeur au Nigeria (le plus proche, pour dire!) avait pris langue avec les autorités du dit pays nous dit on (comme quoi dans ces contrées la justice ne doit pas etre indépendante hein?). Et puis on y va du témoignage larmoyant sur ce jeune homme bien sous tous rapports parti sauver les enfants d'Afrique.

Je rigole un peu. Et me désole que les journalistes ratent encore une occasion de faire réfléchir un peu leur lectorat.

D'une part je comprend le délire du jeune homme. J'ai quand même passé plusieurs de mes années en France dans une école dont les membres l'équipe de rugby avaient la charmante habitude de présenter collectivement leur derrière aux fenêtres de leur bus à chaque sortie. Mais j'aurais été présent à Saint Louis quand Patrick a fait pareil, je l'aurai également interpellé au moins pour une verte remontrance. Parce que interprétant son geste dans le cadre ou il était, je l'aurais trouvé extrêmement choquant. La nudité n'est pas exactement perçue de la même d'une société à l'autre. Comme plein d'autres choses. Par exemple, au risque de surprendre mon éventuel lecteur londonien, je peux affirmer que chanter ensemble sur des thèmes sportifs autour de la quinzième choppe de Guiness n'est pas un moyen universel de communion masculine.

Un autre exemple de choc culturel me vient d'une anecdote plus personnelle. Une de mes anciennes profs à Paris se plaignait que ses nouveaux étudiants sénégalais ne lui inspiraient aucune confiance. "Ils ne me regardent jamais dans les yeux quand je leur parle" disait-elle. Elle les soupçonnait déjà des pires turpitudes. En fait, elle rencontrait pour la première fois des sénégalais bien élevés dans nos traditions et pour lesquels garder les yeux respectueusement baissés quand une autorité (un adulte, un prof) s'exprime est le signe d'une bonne éducation.

Ce genre de situation me mettent toujours un peu mal à l'aise, embarrassé en fait pour les personnes qui ne se sont pas comprises. Ou plutôt pour ceux qui n'ont pas bien réagi. Je me dis quand même qu'en partant d'une certaine ouverture aux différences culturelles et en avançant avec un peu plus de prudence et d'ouverture, beaucoup de ces chocs seraient mieux vécus. Aucun des sénégalais avec qui j'étais n'a éclaté de rire à notre premier cours en France quand le prof est entré en classe en avec son look loubard et sa boucle d'oreille. Pourtant vu de chez nous, il y avait de quoi.

Pour revenir à Patrick Devine, je crois qu'il a omis la plus élémentaire réflexion sur l'impact de son geste dans l'environnement où il était. Il n'était pas bien difficile de constater que les sénégalais n'exhibent pas facilement leur nudité [2] (Je me souviens encore de mon choc devant l'idée de douches communes , avec des personnes plus agées que moi qui plus est, après une séance de sport).

Pour Patrick, l'histoire se finit bien. Il a été libéré sous caution et n'a pas attendu le procès qui l'a condamné a une amende et à une peine en sursis. Tant mieux pour lui. Mais j'aurais bien aimé l'attraper pour discuter un peu de relativité culturelle.

Notes

[1] par exemple ils ne disent pas "arrêté au senegal" mais "emprisonné en Afrique". Tout de suite ça fait plus grave hein ?

[2] Oui je sais, la mode vestimentaire des jeune dakaroises me contredit superbement. On dira qu'on exhibe pas facilement tout le reste.