Salam a vous.

"Lire un livre c'est vivre d'autres vies".

Voici le petit adage que j'aime citer quand je parle de mon loisir favori et c'est plutôt sérieux: j'ai souvent l'impression après avoir lu un livre, que j'ai me suis totalement identifié à certains personnages et que j'ai vécu leurs expériences. C'est bien sur souvent le but de l'auteur.

Le piège était donc inévitable : J'ai lu "Murambi, le livre de ossements" de Boubacar Boris Diop et j'ai vécu des choses terribles.

L'histoire est souvent narrée à la première personne du singulier, "je,moi", mais ce "je" change à chaque chapitre.

J'ai vécu donc les premiers jours de la crise rwandaise, l'annonce de la mort de Juvénal Habirymana , j'a vécu ces jours en tant que père de famille Tutsi essayant désespérément de se convaincre que les voisins qui écoutent les appels au meurtre de la radio des mille collines, n'iront pas "jusque là"!

J'ai vécu la fierté du jeune chef responsable de la milice interhamwe qui se prépare fébrilement à son opération de "nettoyage", sous le regard fier et éxigeant de son père, celui admiratif de sa sœur et celui insondable mais probablement réprobateur de sa mère.

J'ai vécu le flirt avec la folie de la jeune espionne du FPR se faisant passer pour Hutu et assistant au massacres dans Kigali, impuissante, en s'efforçant, pour garder sa couverture, de paraître s'en réjouir tandis que cette effort la détruit presque.

J'ai vécu le dernier espoir de cette jeune fille se réfugiant dans l'église pour attendre que cela se calme et qui se répète sans cesse "Ils ne peuvent pas faire cela, ils savent que Dieu les voient".

J'ai vécu la froide détermination de cette industriel qui se chargeait d'organiser le massacre des gens qu'il faisait semblant de protéger, y compris sa femme et ses deux enfants. J'ai vécu ensuite la stupéfaction d'un de ses fils , en exil au moment du massacre et qui croyait jusque la que son père avait été tué en essayant de défendre sa famille et qui le découvrait bourreau, toujours vivant et symbole ultime du monstre génocidaire.

Oui j'ai vécu des choses terribles en lisant ce livre. Et hélas ces choses sont pour une fois réelles et non simplement le fruit d'un imagination féconde.

Et en posant le livre je me suis dit que si B.B. Diop avait eu pour ambition de faire partager ces choses terribles, de faire entendre à tout le monde le cri muet des squelettes exposés à Murambi et de nous rappeler que pendant qu'ils mourraient en appelant au secours nous regardions le coupe du monde de football des US, .. eh bien c'est réussi.

Je vais corriger mon adage favori. Lire ce livre, c'est aussi vivre d'autres morts.

Et je crois qu'il le faut.

Pour ceux qui voudrait mettre la main sur ce livre : Murambi, le livre des ossement Boubacar Boris DOP Edition Stock

Vous le trouverez :

A la FNAC

Chez Amazon : en français, en anglais (oui, il a été traduit!!)

Sur EVENE : en français