Murambi, le livre des ossements (Boubacar Boris DIOP)
Par Doomu Rewmi le lundi 13 août 2007, 19:48 - Notes Littéraires - Lien permanent
Je profite des conseils de lecture de Hady Ba, pour déterrer un vieux post sur l'ancien forum de Seneweb où je donnais mes impressions à la lecture de "Murambi, le livre des ossements" de Boubacar Boris DIOP. C'etait en 2001, mais six ans plus tard, j'ai toujours ce livre dans les trippes.
Alors, comble de l'egotisme, je m'autocite et vous balance ce vieux post.
Salam a vous.
"Lire un livre c'est vivre d'autres vies".
Voici le petit adage que j'aime citer quand je parle de mon loisir favori et c'est plutôt sérieux: j'ai souvent l'impression après avoir lu un livre, que j'ai me suis totalement identifié à certains personnages et que j'ai vécu leurs expériences. C'est bien sur souvent le but de l'auteur.
Le piège était donc inévitable : J'ai lu "Murambi, le livre de ossements" de Boubacar Boris Diop et j'ai vécu des choses terribles.
L'histoire est souvent narrée à la première personne du singulier, "je,moi", mais ce "je" change à chaque chapitre.
J'ai vécu donc les premiers jours de la crise rwandaise, l'annonce de la mort de Juvénal Habirymana , j'a vécu ces jours en tant que père de famille Tutsi essayant désespérément de se convaincre que les voisins qui écoutent les appels au meurtre de la radio des mille collines, n'iront pas "jusque là"!
J'ai vécu la fierté du jeune chef responsable de la milice interhamwe qui se prépare fébrilement à son opération de "nettoyage", sous le regard fier et éxigeant de son père, celui admiratif de sa sœur et celui insondable mais probablement réprobateur de sa mère.
J'ai vécu le flirt avec la folie de la jeune espionne du FPR se faisant passer pour Hutu et assistant au massacres dans Kigali, impuissante, en s'efforçant, pour garder sa couverture, de paraître s'en réjouir tandis que cette effort la détruit presque.
J'ai vécu le dernier espoir de cette jeune fille se réfugiant dans l'église pour attendre que cela se calme et qui se répète sans cesse "Ils ne peuvent pas faire cela, ils savent que Dieu les voient".
J'ai vécu la froide détermination de cette industriel qui se chargeait d'organiser le massacre des gens qu'il faisait semblant de protéger, y compris sa femme et ses deux enfants. J'ai vécu ensuite la stupéfaction d'un de ses fils , en exil au moment du massacre et qui croyait jusque la que son père avait été tué en essayant de défendre sa famille et qui le découvrait bourreau, toujours vivant et symbole ultime du monstre génocidaire.
Oui j'ai vécu des choses terribles en lisant ce livre. Et hélas ces choses sont pour une fois réelles et non simplement le fruit d'un imagination féconde.
Et en posant le livre je me suis dit que si B.B. Diop avait eu pour ambition de faire partager ces choses terribles, de faire entendre à tout le monde le cri muet des squelettes exposés à Murambi et de nous rappeler que pendant qu'ils mourraient en appelant au secours nous regardions le coupe du monde de football des US, .. eh bien c'est réussi.
Je vais corriger mon adage favori. Lire ce livre, c'est aussi vivre d'autres morts.
Et je crois qu'il le faut.
Pour ceux qui voudrait mettre la main sur ce livre : Murambi, le livre des ossement Boubacar Boris DOP Edition Stock
Vous le trouverez :
Chez Amazon : en français, en anglais (oui, il a été traduit!!)
Commentaires
Boris et les autres on su écrire la lettre (à sarko) que tu aurais voulu écrire...sans y arriver
Et toi tu as écris sur Murambi ce que j'aurais voulu dire de Murambi sans jamais arriver a l'exprimer si bien (Dieu, comme tu ecris bien !!)
Tu permets que je te cites désormais chaque fois que j'aurais envie de parler de ce livre ? :)
Désolé mais j'étais absent du net cette semaine. Je suis très heureux de lire cette critique et j'ai mis à jour mon article pour que mes lecteurs puissent venir la lire.
La culture est sans doute le meilleure réponse à l'inculture de Sarkozy!
Moi j'aimerai rencontrer Boubacar Boris Diop
précision: suis rwandaise, aussi bizare que cela puise etre j'ai pas pas encore lu son livre
j'ai lu "murambi" grace auquel j'ai pu comprendre un peu ce qui s'est passé au Rwanda en 1994. si chacun de nous ayant lu ce livre déclare qu'il l'a toujours dans ses tripes, c''est que BBD l'a sorti du fond de ses tripes j'ai l'impressin. ce qui m'a semblé important dans ce livre et ce que j'ai retenu c'est que son auteur nous a fait vivre avec les morts et avec les vivants d'une manière digne, décente. j'ai l'impression qu'il a volontairement décidé de nous dire qu'aucun rwandais n'est à condamner. aussi bien les tueurs que les victimes sont tous des victimes et que le véritable bourreau est invisible. que la vie doit prendre le dessus. difficile à comprendre par un lecteur non averti. mais BBD a peut etre raison de nous laisser des lueurs d'espoir. merci BBD pour ce précieux livre.
rym