Mots de consolation
Par Doomu Rewmi le samedi 26 mai 2007, 16:35 - Chroniques d'une société dérèglée - Lien permanent
Cousin H est mort.
D'un coup comme ça.
Comme on meurt en contrée mal développée : plutôt jeune, plutôt pauvre, suite à une crise soudaine d'une maladie non identifiée, laissant de jeunes orphelins et une veuve sans soutien.
Le foyer qui il y a encore quelque jours semblait condamné à se construire dans la durée envers et contre tant de handicaps se désagrège soudain éparpillé au grès des mécanismes traditionnels de soutien social. Quelques enfants pris en charge par ci, la mère ailleurs et il ne reste plus rien.
Mais les visages restent graves et le chagrin sourd.
Et puis il y a les formules convenues.
Une formule pour chaque échange, une partition pour chacun. Des formules anciennes qu'on répète comme des automates sans remarquer combien elles ont l'art de contenir en peu de mots tant de sens.
C'est d'abord le visiteur qui entame l'échange rituel
Visiteur : "Nous avons appris l'événement bien triste qui s'est produit ici"
Famille du défunt : "Hmmmm hm! Oui c'est ainsi"
Visiteur : "Je vous présentes des condoléances qu'on partage"
Famille :"Amin! amin"
Visiteur : "Et lui, que Dieu le prenne en pitié et lui pardonne ses fautes"
Famille :"Amin! amin"
Visiteur : "Que Dieu sauvegarde la dignité de ce qu'il laisse derrière lui"
Famille du défunt :"Amin! amin"
Visiteur : "Qu'il nous offre la force de supporter cette perte"
Famille du défunt :"Amin! amin"
Visiteur : "Qu'Il laisse ses prières longtemps entre vos mains".
Je vous laisse deviner le sens derrière chaque formule.
Ensuite la famille du défunt retourne les voeux :
Famille : "Que Dieux entendre vos voeux"
Visiteur : "Amin! Amin!"
Famille : Qu'Il en fasse une dette qu'on tardera à vous payer"
Je n'ai jamais attaché beaucoup d'attention à ces formules. Justement par ce que je les trouvais bien convenues. Pourtant récemment quand j'ai cherchais à dire sincèrement des voeux à l'enterrement de cousin H, je me suis retrouvé à dire les mêmes.
Oui cousin H avait ses défauts et ses fautes, c'est les reconnaître et les pardonner que nous propose la formule. Oui je partage la perte de cousin H. avec ses frères à qui je présente les condoléances. Oui il laisse des dettes, une famille dans le besoin .... la dignité ici, ce serait de régler tout ceci en toute discrétion. Et enfin, on veut bien vivre longtemps à faire des voeux pour lui, nous. Et quelle poésie dans le verbe que de souhaiter que ces condoléances soient une dette qu'on tarde à payer.
Oui , de sens ces formules toutes faites en ont plein mais ce n'est pas pour cela que j'ai finalement appris leur valeur. C'est en regardant la veuve, les frères souvent près de perdre le contrôle et de se laisser aller chagrin, se reprendre obligés qu'il sont de répondre aux formules d'usage, c'est quand j'ai vu les réponses automatiques devenir la bouée à laquelle s'accroche le chagrin pour retrouver une contenance que j'ai compris : ces mots consolent en donnant à l'esprit troublé des repères fermes, facile à suivre. Un chemin vers la consolation nécessaire.
Avez déjà remarqué combien les cérémonies funèbres restent encore aussi marquées par les traditions ? Combien le rituel qu'elles imposent résistent longtemps au moindre changement ?
Je crois que je comprends désormais un des raisons à cela.
Commentaires
Je vais finir par croire que nos sociétés africaines sont parfaites.
M’fin j’exagère, pas parfaire, mais trop bien organiser on va dire. Pourquoi dis-je cela ? Lors de discussions avec des sénégalais vivant en France, je me retrouve souvent à défendre toutes coutumes y compris celles que je n’aime pas du tout ou celles dont je ne trouve plus la nécessité. Je le fait surtout par principe, et en réponse à une attitude énervantes de mes débateurs qui consiste à tout critiquer chez nous, pour la simple et bonne raisons que ces gens prennent le modèle de société occidental comme le modèle parfait et veulent l’implanter chez nous tel qu’il est. Ils ne posent pas la question, pourquoi l’on fait telle chose ici, pourquoi l’on fait telle autre chose chez nous, ils ne cherchent pas à comprendre les contextes, les raisons fondamentales, ni l’historique de telle ou telle organisation, avant de se permettre un jugement. Et cela se termine par des remarques absurdes du genre : telle dame est passé me rendre visite à l’improviste chez nous à Dakar et je l’ai envoyé balader, lui notifiant qu’elle aurait du appeler avant (il ne s’agit pas d’un minette qui est passé voir son chéri à l’improviste, mais on parle là d’une dame d’une centaine d’année qui est à des années lumière de pouvoir comprendre et/ou accepter ce concept.)
Cela a la manie de m’énerver et de me rendre, sur le coup, très conservateur et désagréable envers la personne en face de moi et qui tient ce genre de discours.
Mine de rien, à part le fait de me mettre sur les nerfs ce genre de discussion m’a appris certaines choses ou m’a fait poser des questions que je ne m’étais pas poser jusque là.
Ce post vient tout simplement, en rajouter une couche, et sans m’avoir énervé svp !
J'avoue que j'ai également appris à apprécier les formules convenues lors du décès du frère d'un de mes amis: alors que j'étais dévasté de douleur, un de mes camarades qui ne le connaissait pas plus que ça enfilait les platitudes habituelles et ça avait l'étrange vertu de me consoler et de faire du bien à sa famille. Depuis lors j'ai le plus grand respect pour ces cérémonials que j'avais tendance à mépriser auparavant.
Toutes mes condoléances à toi et à la famille de ton cousin.
doomu rewmi, je te repete les memes formules pour te dire mes condeleances ; c est qu on puisse etre gaiment triste///
Salam.
Je connais cette ... réaction que tu décris, nayabingui, je l'ai souvent. Défendre des choses parce qu'elles sont attaquées sur des mauvaises bases. C'est souvent mal compris d'ailleurs.
Et puis ..ah que c'est irritant de voir quelques fois quelqu'un prétendre écraser de son jugement méprisant en quelques seconde une coutume vielle seulement de quelques siècles. C'est d'une imprudence! (non ce n'est pas une coquille je dis bien imprudence meme si impudence aurait été également bien juste!). Et d'une arrogance!
Hady, étrange est bien le mot. Je trouvais aussi surprenant la vertu consolatrices des formules. Est ce parce qu'elles sont un bout de banalité au coeur d'un événement bouleversant? C'est certainement un peu de cela et bien plus compliqué que cela. Humans are complexe beings disait l'autre marsien.
Merci à vous tous pour les condoléances.
Bonjour,
Je viens tout juste d’atterrir sur votre blog, et je dois avouer que je suis impressionné par la qualité de votre écriture. C’est vraiment rafraichissant de lire vos observations tellement précise sur votre propre culture. Je suis un jeune Québécois, qui revient d’un programme de 4 mois à Ségou au Mali et vraiment, vos observations me font réaliser plusieurs choses, qui ne sont pas assimilable en 4 mois. Merci.
Pour ce qui est de votre dernière entrée sur les mots de consolation, sachez qu’à peine un mois de cela mon arrière grand-mère est décédé et j’ai remarqué la même chose, pourquoi est ce que la tradition est elle si ancré dans les funérailles? Vous y avez si bien répondu, qu’en ajouter ne serait que fioriture.
Bien à vous! Un lecteur qui en a pour beaucoup d'heures à découvrir vos textes!
<u>Un naïf regard d'occident </u>
Je suis tombé par hasard sur ce blog, en recherchant des chroniques de sting (notamment, <i>Brand New Day</i>), et je dois reconnaitre que pouvoir consulter un point de vue très difficilement accessible de France me réjouit.
Enfin, je prononce cette phrase dans un certain fatalisme, mais en cherchant bien, énormément d'outils sont à notre disposition pour découvrir au travers d'expériences personnelles (comme c'est le cas ici) le quotidien de contrées lointaines. Les livres, la presse alternative (Courrier International, Marianne, le Monde Diplomatique, qui viennent nourrir un regard distancé de tout préformatage, de toute influence des grands puissants acteurs de notre monde).
Le problème ici, c'est qu'il faut vouloir l'information pour y accéder, elle n'est pas censurée, mais il est difficile de passivement se l'octroyer.
Nous vivons dans une société de grande consommation, où l'acquisition de nouveaux biens prévaut le plus souvent sur le développement de sa sphère intellectuelle.
Cependant il existe une forte contre-mouvance qui vient contrecarrer cette tendance. Des mouvement alternatifs, la volonté de - par le biais de la consommation - participer à une meilleure répartition des richesses à l'échelle mondiale. C'est le commerce équitable. Mais qu'en est-il? Est-il aussi juste qu'il n'y parait?
C'est tout le problème de nos sociétés, pour chaque réponse à un problème posé, il faut - en plus d'élucider cette réponse - vérifier la viabilité de cette réponse. N'est-t-elle pas affectée par la corruption? Le label Max Havelaar est-il courtisé pour l'étiquette qu'il procure ou son acquisition est-elle véritablement mue par une éthique?
J'en viens maintenant à la problématique que vous posiez entre tradition et cette prétendue modernité dont certains sénégalais vivant en France sont les tenants.
Enfin, je vous donne simplement mon point de vue, vous êtes libres de l'apprécier ou non.
Dans nos sociétés occidentales, la tradition vient chaque jours confronter la modernité ou éventuellement l'épouser. La tradition, c'est (selon l'internaute.com) : <i>Transmission de doctrines (religieuses, morales, politiques...), de légendes, de faits historiques de génération en génération.</i>
Bref, la tradition est, par définition, intangible. Elle a une origine, une cause, une raison d'être en vue d'un certain nombre de valeurs elles aussi intangibles. C'est ce qui fait la force d'une tradition : elle est d'autant plus solide et puissante qu'elle est perpétuée naturellement par la coutume.
Son point faible, c'est d'éventuellement reproduire des inégalités, des injustices en les légitimant. Je pense en à la condition de la femme (orient comme occident, nord comme sud, les tradition ont légué à nos sociétés des inégalités hommes/femmes.)
La démocratie, en autorisant la libre expression de ses acteurs, a permit aux sujets de ces inégalités de s'émanciper, comme l'ont permit les mouvements féministes des années 60, les mouvements homosexuels...).
La démocratie permet donc de préserver certaines traditions, tout en autorisant les sujets de plus puissantes injustices de s'émanciper.
Deux petites questions curieuses :
Que pensez-vous du modèle occidental (je dis bien modèle en général, car il en existe des dizaines : scandinave, anglo-saxon, continental, latin, est-européen...) ?
Et à quelles société africaine aspirez-vous?
Puisque l'on ne peut pas t'envoyer de message, je suis bien obligé de poster ici cette question capitale:
Mais grand frère où Diable te trouves-tu? On aimerais bien continuer à lire quelque chose d'intelligent qui vienne de Dakar Bon sang!
Ceci étant dit avec tout le respect que je te/vous dois bien évidemment.
HAdy BA moi si tu me payes je te dirai ou il est caché :) :)
bye the way j'ai essayé d'envoyé un commentaire sur ton blog mais il m'a rejetté bouhouuuhouuu)
Natty, ton prix sera le mien! Désolé que la plateforme yahoo déconne parfois mais je serais très heureux de te lire sur mon blog alors si tu pouvais persévérer...
Salam.
Me voila. Oui je me repointe chez moi, penaud et sans d'autre excuse pour mon absence qu'un banal "C'est la vie".
Oui mes amis, c'est la vie qui m'avais pris. Non pas dans tourbillon incessant de l'immédiateté que prétend accelerer encore le Net et ses betises qui font trois fois le tour du monde sur fibre optique avant que t'ai eu le temps de cliquer sur "Annuler"
Non.
C'etait plutot la vie, dans ce qu'elle a de marecages boueux du Labeur sans horizon qui vous aspire et vous tue dans la repetition des memes soucis et la course effrenée vers les memes solutions.
Cette vie qu'on mene comme on fait naufrage, en apprenant a ignorer les grandes questions du monde ("Qu'est ce que donc Poutine a fait picoler a Sarko?", "Quel est le prochain opposant qui viendra vendre ses charmes defraichis au Président wade", etc ....) pour se contenter des petites réponses ("La solution pour rediger dans le noir des coupures de courant le cheque pour la facture d'electricté? Facile : attendre demain matin"),
Oui rien de vraiement extraordinaire quoi.
Mais ah mes amis qu'est ce que j'ai pensé a vous pendant tout ce temps.
Je reviens vous raconter ça. Par petits billets. Doux de surcroît.
Hady, pour repondre a ton desir de lire quelque chose d'intelligent venant de Dakar, je suis bien tenté de t'envoyer ma copie de la serie des Malaussene par Pennac. Hé Hè.
sveinbjorn,
Hey merci pour ce riche commentaire. Tu ouvre un débat qui va dure. La suite en posts.
A demain
« Je suis la mère de Yohan Lavigne et je lance un appel à ceux qui voudraient signer la pétition pour éclaircir la mort d’un jeune homme de vingt ans. Car l’on prétend un suicide par pendaison, alors que son corps ne porte que des traces de coups. Puis sur la soit disant lettre d’Adieu, il y a une autre écriture que celle de Yohan, certifié par analyse graphologique. Et l’on a voulu faire incinérer mon fils en usurpant mon identité. Je ne veux que la vérité et si vous voulez m’aider à l’obtenir grâce à une vraie enquête, ne serait ce que pour ne pas prendre le risque de laisser des assassins en liberté, alors signez la pétition qui se trouve en bas de page ou le lien ci-dessous vous amène. Si vous avez déjà signé merci. Sinon une fois fait, le lien pour la confirmation de votre signature arrive de suite dans votre boite de réception, si ce n’est pas le cas dites moi le. merci. http://www.altermonde-levillage.com... Si vous voulez en savoir plus : http://yohanlavigne.unblog.fr Mon mail : helenebourt@hotmail.fr
Bonjour Doomu,
Je découvre ce billet avec des mois de retard et malgré le retard je t'adresse ainsi qu'à la famille de ton cousin mes pensées les plus empathiques. La réflexion que tu apportes sur les mots convenus perpétués d'âge en âge sans qu'on y réfléchisse est intéressante. Les rituels sont souvent les seules boussoles au coeur d'une dévastation telle que la mort d'un proche. Les mots dits sans forcément y réfléchir permettent de ne pas sombrer et de garder la tête hors de l'eau. J'en ai quelquefois fait l'expérience sans réfléchir au sens des choses. Grâce à toi je vais porter un regard différent sur des traditions qui souvent m'exaspèrent. Bon par tempérament je préfère le silence aux mots trop nombreux dans de telles circonstances. le mot de trop arrive si vite... En ce sens, la tradition encadre les mots et c'est pas plus mal au fond. hum hum. Merci!!!
Et tu le dis finalemet mieux que moi, ce role des mots convenus.