La citation en début de cet article est un extrait d'une tirade de John Milton alias le Diable joué par Al Pacino dans l'Associé du Diable.

J'ai apprécié ce film pour plusieurs raisons (et Pacino n'est pas la moindre) et surtout je l'ai trouvé très juste ce diable jubilatoire dont le péché humain favori est l'orgueil. "Vanity, définitely my favourite sin" dit il. Il a de la chance le bougre, parce que c'est le notre aussi, tiens.

Aussi quand au hasard des mes pérégrinations blogosophériques (manière pompeuse et très tendance de dire que je surfais, mais bon ... il faut bien que je cède aux exigences de l'ego) je tombe sur un excellent billet titré "Le blog des égos" qui explique en détails et en humour comment l'Internet qu'on a cru au début être un merveilleux outil de partage de connaissances est devenu l'endroit par excellence où les egos hypertrophiés trouvent enfin un exutoire pour se mettre en scène et s'exhiber jusqu'à la nausée.

La réponse à la question de John Milton ("Where can you go from there?") est bien là, s'affichant triomphante sur nos navigateurs. Si vous en doutez, je vous recommande chaudement un bref détour par le fascinant blog de cette dame. J'insiste sur la brièveté, la bête et méchante auto-célébration qu'elle pratique est dur à digérer.[1]

Or, à voir le succès de l'affaire, je me dis que décidément on est atteint par une épidémie d'egomanie.

Et la cela fait tilt. Je me souviens de cette excellente nouvelle de Lisa Goldstein (que vous pouvez lire en ligne sur Infinityplus) : Naricissus Plague.

L'épidémie narcissique. Elle a imaginé quelque chose de fascinant la dame Goldstein. Et qui touche juste. Une egomanie diagnostiquée comme une pathologie causée par un virus bien identifié. Une egomanie extrême, celle du "moi je" en plein puissance qui laisse le malade incapable de s'intéresser à autre chose qu'à lui même.

Elle ne l'a pas bien exploitée je trouve son idée. Elle a oublié un peu l'egomanie qui va plus loin que de parler de soi tout le temps, celle qui veut en plus plier le monde entier au besoin de l'ego. L'égomanie qui finalement fait le malheur de ce monde. J'imagine ce qu'aurait pu faire un audacieux comme Neil Gaiman, un conteur comme Larry Niven ou Benford le Catastrophiste avec ce virus.

Il y a de quoi construire une vision dystopique et très probable de notre futur.

Et puis finalement, je regarde les dirigeants de la planète, en particulier le notre au Sénégal qui ignore totalement l'usage du "nous" (régalien comme administratif), je regarde Ségo et Sarko, j'écoute Bush et je me dis que le virus existe peut être déjà seulement il ne touche que les puissants de ce monde.

Et je puis je surfe un peu et je réalise que non, il est déjà bien répandu dans toutes les couches;

Et puis d'ailleurs, moi je ....

Notes

[1] Ne me demandez pas comment j'ai découvert ce blog. Laissez moi l'intimité des mes pratiques web perverses :-)