Narcissus Plague
Par Doomu Rewmi le vendredi 4 mai 2007, 02:52 - Notes Littéraires - Lien permanent
You sharpen the human appetite to the point where it can split atoms with
its desire; you build egos the size of cathedrals; fiber-optically connect the
world to every eager impulse; grease even the dullest dreams with these
dollar-green, gold-plated fantasies, until every human becomes an aspiring
emperor, becomes his own God... and where can you go from there?
La citation en début de cet article est un extrait d'une tirade de John Milton alias le Diable joué par Al Pacino dans l'Associé du Diable.
J'ai apprécié ce film pour plusieurs raisons (et Pacino n'est pas la moindre) et surtout je l'ai trouvé très juste ce diable jubilatoire dont le péché humain favori est l'orgueil. "Vanity, définitely my favourite sin" dit il. Il a de la chance le bougre, parce que c'est le notre aussi, tiens.
Aussi quand au hasard des mes pérégrinations blogosophériques (manière pompeuse et très tendance de dire que je surfais, mais bon ... il faut bien que je cède aux exigences de l'ego) je tombe sur un excellent billet titré "Le blog des égos" qui explique en détails et en humour comment l'Internet qu'on a cru au début être un merveilleux outil de partage de connaissances est devenu l'endroit par excellence où les egos hypertrophiés trouvent enfin un exutoire pour se mettre en scène et s'exhiber jusqu'à la nausée.
La réponse à la question de John Milton ("Where can you go from there?") est bien là, s'affichant triomphante sur nos navigateurs. Si vous en doutez, je vous recommande chaudement un bref détour par le fascinant blog de cette dame. J'insiste sur la brièveté, la bête et méchante auto-célébration qu'elle pratique est dur à digérer.[1]
Or, à voir le succès de l'affaire, je me dis que décidément on est atteint par une épidémie d'egomanie.
Et la cela fait tilt. Je me souviens de cette excellente nouvelle de Lisa Goldstein (que vous pouvez lire en ligne sur Infinityplus) : Naricissus Plague.
L'épidémie narcissique. Elle a imaginé quelque chose de fascinant la dame Goldstein. Et qui touche juste. Une egomanie diagnostiquée comme une pathologie causée par un virus bien identifié. Une egomanie extrême, celle du "moi je" en plein puissance qui laisse le malade incapable de s'intéresser à autre chose qu'à lui même.
Elle ne l'a pas bien exploitée je trouve son idée. Elle a oublié un peu l'egomanie qui va plus loin que de parler de soi tout le temps, celle qui veut en plus plier le monde entier au besoin de l'ego. L'égomanie qui finalement fait le malheur de ce monde. J'imagine ce qu'aurait pu faire un audacieux comme Neil Gaiman, un conteur comme Larry Niven ou Benford le Catastrophiste avec ce virus.
Il y a de quoi construire une vision dystopique et très probable de notre futur.
Et puis finalement, je regarde les dirigeants de la planète, en particulier le notre au Sénégal qui ignore totalement l'usage du "nous" (régalien comme administratif), je regarde Ségo et Sarko, j'écoute Bush et je me dis que le virus existe peut être déjà seulement il ne touche que les puissants de ce monde.
Et je puis je surfe un peu et je réalise que non, il est déjà bien répandu dans toutes les couches;
Et puis d'ailleurs, moi je ....
Notes
[1] Ne me demandez pas comment j'ai découvert ce blog. Laissez moi l'intimité des mes pratiques web perverses :-)
Commentaires
MOI JE trouve ce diagnostic pertinent (pas la peine de préciser qu'il n'y pas plus grand compliment que celui-là)
par contre MOI JE trouve que l'adresse email obligatoire est une contrainte disuasive.
MOI JE pense que de nos jours la seule chose qui puisse être comprise par les autres comme une grande motivation, donc une éventuelle qualité du genre 'savoir ce que l'on veut", "croire en soi" toutes ces conneries pour les quels certains se payent des coachs perso, est hélas le "moi je isme"
Donc, moi je dis, il faudra soigner les autres si on ne veut pas être contaminé nous même.
A MOI, donc, maître de notre époque.
Désolé pour l'email obligatoire dans les commentaires. C'est un truc qui vient avec la plateforme et qui me dérange aussi. Je n'ai pas encore trouvé comment le désactiver. Je chercherai, c'est promis.
Et puis quoi, en plein moi-je-isme, on a quand meme plein de multiple identités et d'adresses e-mail.Alors une adresse poubelle a jeter ici?
Ah mais tiens, c'est drôle quand même qu'au moment ou l'ego se montre ainsi il se dilue dans l'anonymat et la schizophrénie que permet le net. L'ego serait donc lâche de n'oser se montrer quand on le reconnaît pas ?
:-) :-)
Bonsoir,
Je découvre votre blog sur la recommandation de Natty et je trouve votre article pertinent. J'aime le second degré et la distante lucidité du "et puis d'ailleurs moi je" de la fin.
Merci pour cet éclairage sur nos égotismes exacerbés parfois. Je fonce chez mon psy parler de MOI (hihi)
Bonne soirée
HUmmm intéressant tout ça, j'avoue qu'il y a des situations dans la vie où moi même je me suis surprise à déblatérer des paroles chargées de narcissisme... Mais bon à partir de quand doit on parler d'égocentrisme et de Narcissime?
L'Homme doit s'aimer pour avancer, sans amour de soi il n'y a pas de succès. Mais trop d'amour de soi empêche l'amour des autres et on court au déastre...
Cette épidémie de l'égo n'est pas nouvelle, on nait avec, lorque dans le ventre de nos mères nous jouons les agitateurs, lorsque bébés nous pleurons pour attirer l'attention, lorsque chaque décision de notre vous est portée par le Moi et non le Nous. Quoi que tant de Nous ne cachent que des Moi... je m'étale, je me perds....
Nous le somme tous, malades, nous autres bloggeurs, nous autres webmasters nous sommes tous un peu atteints parce qu'au delà des messages et du partage que nous prônons, nous nous étalons, exhibons notre Moi le plus beau, le plus tordu, le plus amoureux de nous mêmes, et derrière nos écrans de pacotille, nous jubilons, et n'attendons que celui qui nous dira ... le bien fondé de nos dires, la justesse de nos pensées, de la pertinence de nos remarques, et j'en passe....
je m'étale, je me perds...
La plage le soleil et les palmier n'encouragent décidément pas au boulot sérieux et rigoureux. Je vous écrivait un commentaire la semaine dernière en précisant au début que "je ne vous narguerais pas en vous disant que je le tape à l'ombre des palmiers les orteils enfoncés dans la sable tandis que mon regard se perd régulièrement dans le mer de saly toute proche". Non je ne vous narguerais pas que je disais et je ne savais pas si bien dire puisque mon commentaire n'est pas passé.
Je m'amusais à vous lire à penser que peut etre pourriez vous répondrez à une des questions existentielles qui règulièrment viennent hanter le blogueur irrégulier que je suis : dois je commenter vos commentaires ? Dois prendre acte d'un hochement de tête modeste les compliment immérité de Malaika ? Dois commeneter le commenetaire de tripplex sur mon texte ? Dois je dire combien j'apprécie que vous me lisiez ? Dois je ... encore rajouter plein des question idiotes pour arriver à caser cent fois le mot "je" dans ce commentaire ?
Ah c'est dur la vie du blogueur ...