Il a repéré sa victime pendant qu'elle payait des courses au marché et l'a suivie dans le car. Il a profité de l'entassement des voyageurs sur les sièges pour opérer. La technique est presque un classique du genre. Le journal lui donne un peu de discretion pendant qu'un canif aiguisé tente de lui ouvrir les entrailles du sac à main.

La dame assise en face a longtemps observé la scène avant d'oser intervenir. N'y tenant plus elle a averti la victime et interrompu le vol. Devant les autres voyageurs fascinés mais passifs, le voleur a d'abord toisé sa victime sans aucune peur :

"Tu as de la chance toi. Mais elle ... ce sera la dernière fois qu'elle se mèle de mes affaires" a-t-il dit en se tournant vers celle qui l'a dénoncé.

Un geste vif, et il lui à lacéré le visage avant de sauter du car. Pendant ques les voyageurs s'attroupent autour de la dame en sang, il s'est tranquilement fondu dans la foule.

Mon cousin qui comme les voyageurs est resté sans réaction explique sa propre passivité par un instinct de conservation : pourquoi serail il intervenu pour risquer d'être bléessé pour quelqu'un qu'il ne connait pas ?

Cette scène et cette attitude sont devenues monnaie courante dans une ville qui découvre depuis peu (une dizaine d'année) des formes de plus en plus violentes d'agression.

L'indivdualisme en tout beauté n'est ce pas ?

Le calcul égoiste de mon cousin et de chacun des voyageurs est évidemment faux. En effet ils croient assurer leur propre sécurité en choisissant de ne pas s'interposer. Or c'est justement l'assurance de leur non intervention qui a permit à l'agresseur d'opèrer. Et qui les fera victime à leur tour un autre jour. Ainsi leur attitude qui fait sens à l'echelle individuelle devient castastrophique pour le collectif. Ce genre de fausse optimisation est une des grandes joies de l'individualisme et le terreau de l'exploitation capitaliste (mais je digresse...)

Mais ce qui rend possible cet individualisme c'est avant tout la multitude des inconnus qui peuple une ville.

Comment en effet ne pas être tenté de laisser à son sort un inconnu? Et puis, on risque peu de le rencontrer ailleurs pour se voir accusé de lachété. L'héroisme de nos ainés qui se jettaient au secours d'une dame en detresse n'était peut etre que la peur de l'oppobre quand tout le monde connaissait tout le monde dans un cadre bien provincial. De son coté le voleur assuré de son anonymat peut commetter son forfait et se perdre facilement dans l'immensité urbaine sans qu'on le cueille le lendemain à sa porte.

Tout ceci n'a rien d'extraordinaire. C'est classique à tout les grandes villes du monde j'imagine. Ce qui me chagrine reellement c'est que tandis le Sénégal s'urbanise de plus en plus vite devant la paupérisation insupportable de son monde rurale, les villes connaissent une croissance folle en dehors de tout contrôle, de tout planification et, surtout de toute reflexion sur l'habitat et ses conséquences sociales.

Et parmi ces conséquences, ce nouvel individualisme que nous ne connaissions pas vraiement par ici.

Le sens de la communauté tant invoquée chez nous se noie ainsi tranquilement dans la multitude grouillante de nos villes en pleine explosion démographique.

PS: Ville Cruelle est le titre d'un beau roman de Mongo Beti (publié sour le pseudonyme d'Eza Boto).