J'ai quitté la France il y a quelques années comme on se sépare d'une personne qu'on aime quand elle s'acharne dans une voie destructrice. Avec regret et chagrin.

Avant d'en arriver là, pendant plusieurs années, j'ai à revendiqué haut et fort mon métissage culturel (arguant que j'étais produit non seulement d'une ex-colonie mais surtout d'une éducation bien calée sur le modèle français) et j"ai porté fièrement le label d'éducation française. En effet un passage dans les systèmes britanniques puis américains m'avaient convaincu que l'Ecole Française qui m'avait appris à raisonner plutôt qu'a pratiquer bêtement un métier spécialisé, avait plus cultivé l'homme que le futur employé. Et j'avais vachement apprécié cela.

(Ah! vous auriez du le voir, le jeune sénégalais aux States, en débat avec de baves collègues bien répulicains de surcroît, défendant avec ardeur les mérites du modèle de Français et reprennant même parfois à son compte l'accent bien parisien pour le plaisir des dames présentes)

Et puis il y a beaucoup d'aspects du modèle social que je respectais énormément tant je les trouvais fondés sur des principes humanistes puissants. Je me disais que quand on ferait la révolution chez moi (ah les élans de la jeunesse!), ce serait pour construire sur ces mêmes principes. En mieux bien sur, il faut bien critiquer ce qu'on aime.

Puis l'extase passé, je me rendais compte que les dirigeants de ce pays que j'aimais bien, séduits par les sirènes de la puissance économique des USA, s'atellaient à détruire tout cela.

J'ai commencé alors à remarquer combien grandissait chaque jour chez cet élite dirigeante et dans le discours qu'elle imposait le rejet de tout ce qui j'aimais dans cette "exception française". Cela allait de l'abrutissement volontaire des citoyens (TF1?) , la déstructuration du modèle social sous d'hyprocrites pretextes de performance économique, la droitisation progressive de tout l'espace politique, l'adhesion au modèle ultra libéral et l'affaiblissement de l'Etat qui en découle. Après cela il ne resterait bientôt aux politiques que les pouvoirs de police et donc la nécessité de faire peur pour régner. Cette peur qui commençait avec la stigmatisation des "étrangers" dont j'etais mais trouverait de toute façon un bouc émissaire.

Petit à petit, j'ai eu de plus en plus de mal à supporter de voir tous les jours ce glissement se faire sous mes yeux. C'est comme regarder une personne qu'on aime se détruire.

C'est douloureux et un jour (pour peu qu'une opportunité se présente) on la quitte. Ce que j'ai fait.

Puis de temps en temps on la rencontre, tombée plus bas dans la déchéance (comme par exemple, une France dont les forces de Police persécutent un pauvre quidam qui a grugé le métro le jetant à lyncher aux foules sous des prétextes mensongers). Alors on détourne la tête et on on essaie de l'oublier.

Bien sûr on y arrive pas.

Et puis il y a encore de beaux restes la dedans et même des sursauts (Le Non au réfrendum TCE) qui font espérer qu'elle se remettra.

Alors on se prend à rêver...