Dans cette scène, le rutillant 4x4 Volkswagen Touareg qui longe la rue a beau ronronner silencieusement, ses tentatives de se donner un air discret frisent le grotesque tant il detonne dans le décor. Apparemment convaincu de l'efficacité de son effort de camouflage, le 4x4 s'immobilise comme pour se cacher sous l'ombre d'un arbre dont les branches surplombent la rue : le conducteur doit avoir des fanstasmes de la jungle animés par les courbes félines de sa voiture.

On a peine le temps d'apercevoir l'homme qui s'en echappe caché derrier le pan d'un boubou et qui s'engoufre dans l'entrée beante d'une maison.

Le groupe qui discutait a marqué un petit silence. En fait, une oreille attentive pourrait percevoir leurs chuchotements :

"C'est Untel. Il vient voir Serigne Modou le Marabout."

"Il aurait pu nous saluer quand même".

"Il veut se faire discret, tu sais"

"Ah .. c'est vrai, on ne l'avait pas vu depuis ..."

"Oui mais là c'est sur on va le voir passer plus souvent "

"Ah oui ... les élections."

Une bonne demie heure plus tard, le même froufrou furtif du grand boubou, la même tentative ridicule du 4x4 de passer inaperçu et la rue reprend son aspect habituel.

Mais desormais la scène se repetera plus souvent devant chez Serigne Modou le Marabout : les lections approchent et les politiciens veulent des garanties qu'ils garderont leur postes et leurs 4x4.

Ainsi commence à Dakar, à quelques mois des éléections présidentielles et législatives de 2007 la Grande Saison des Marabouts ...

A l'approche des élections, le politcien local se re-découvre soudain une angoisse existentielle, une ferveur religieuse et une foi inébranlable dans le rapport très proche que son marabout attitré, au pouvoir mystique illimité, entretien avec Dieu.

Notre politicien renoue donc avec le maître occulte qui saura executer les rites lui garantissant l'investiture et la victoire. Il y aura des gris-gris bien sûr, le Polictien a besoin de symbole concret et permenent de son bouclier mysqtiue. Mais il y aura surtout des décotions fabriquées selon des formules secretes alliant racines et incantations, il y aura des bains nocturnes parfois au millieu de la brousse, des aumônes étranges ('Donne une paire de chaussures à une veuve enceinte!)", et des rituels quotidiens ou plus envahissants ("Avant de saluer quiconque repète trois fois "jaybajakrejem" en croisant l'index et le pouce de ta main gauche") ... et des promesses de satisifaction ("Tu seras maintenu à ton poste").

Le marabout cependant n'est pas du genre à se couvrir de promesses. Notre cher politicien le couvrira de ses largesses. Largesses d'autant plus facilement offertes qu'elles seront au frais de la République : il embauchera son neuveu à la mairie, lui fera bénéficier d'une dotation de riz destinés au plus nécessiteux, ...

Mais il n'y rien là de nouveau sous le soleil de la corruption et de la superstition policiennes. Ce n'est d'ailleurs pas une exclusivté de nos tropiques : L'increvable Giscard lui même vient d'avouer le concours d'un marabout sénégalais à son election en 74, Mitterand voyait l'autre diseuse d'aventures et on peut trouver plus dans le bouquin de Sylvine Jumel (La sorcellerie au coeur de la republique).

Non, la saison des marabouts n' a rien d'extraodinaire, on est après tout haibitué aux polticiens faisant tout pour garder le maroquin sauf bien faire le truc pour lequel ils sont élus (ce que naivement je crois être le meilleur moyen, mais bon....).

Mais la politique sénégalaise a un autre rapport bien particulier avec les marabouts*, un autre type de marabout en fait.

* Note : J'aimerais juste signaler ici, principalement aux non-Sénégalais, l'usage du terme marabout dans ce texte pour deux sens très distincts : dans la première partie du texte je parle du marabout consultés à la recherche d'interventions occultes; celui ci ne dirge pas une communauté et exerce plutot une profession libérale. Le marabout dont il est question dans la deuxième partie est lui un chef religieux.

Senghor déja avait été un des premiers à reconnaitre le pouvoir de ces véritables chefs de communatés et s'etait appuyé sur eux pour mener sa campagne electorale à la veille de l'indépendance du Sénégal. Dans un pays à très forte majorité muslmane, l'alliance entre le catholique Senghor et ces chefs religieux musulmans (contre leur co-réligionnaire Lamine Gueye) illustrait bien une chose : il ne s'agissait pas ici d'un rapport religieux mais d'un rapport de pouvoirs, celui en construction du nouvel état sénégalais face aux pouvoirs traditionnels déja bien établis de ces chefs réligieux.

Senghor tout au long de son règne maintint cette alliance des Marabouts et de l'état. Je me demande toujours si le rôle que Senghor leur a donné ainsi dans la vie politioque du Sénégal était inévitable et s'il n'est pas responsable de ce qu'il en advient aujourd'hui.

En effet les sucesseurs de Senghor ont progressivement degradé cette relation en impliquant plus les chefs religieux dans la bataille politique. Ainsi sous Abdou Diouf, le fait pour un chef réligieux de donner une instruction de vote à sa communaté est devenu pratique courante toutes confréries confondues. Et comme je le disais dans un précédent post, les marabouts sont même devenus des facteurs importants dans les décisions d'aménagement du territoire.

Puis en 2000, Wade inaugure une nouvelle ère : celle du Président qui se défait de ses oripeaux étatiques pour assumer son allégeance personnelle au marabout, hérissant les plus républicains d'entre nous par ses recurrentes prosternations devant ce dernier sous l'oeil des caméras offcielles. Le geste est d'autant plus critiqué qu'il est supçonné d'etre motivé par des calculs bien politciens, ledit marabout étant à la tête d'une communauté qui est un immense vivier electoral.

Cette ère Wade aura ensuite vu des marabouts à la tête de partis politiques (ex: Serigne Modou Kara et son PVD), la fin effective de l'interdiction de radios religieuses sur la FM , l'utilisation des versets du coran par les dauphins de Wade pour s'insulter à la une de journaux et enfin dernière escalade en date : la nommination d'un marabout-politicien au poste de Minitre d'Etat auprès du Président de la République.

Oui au dela de la saison des marabouts, c'est l'ère des marabouts-politiciens qui a sonné au Sénégal.

Cela dit, ce serait un peu reducteur de mettre tout ceci sur le compte de WADE. Le Marabout-Politcien était peut etre un phénomène inévitable et prévisible.

En effet les chefs religieux ont été toujours des chefs politiques de leur communauté dans le sens littéral du terme : ils en ordonnaient la vie publique et collective. Ils ont ainsi été souvent resistants à la colonisation. Puis, lorsque la vie publique, la gestion de la communauté est passée sous la charge des colonisateurs , ils ont été leurs interlocuteurs avant de devenir ceux du nouvel etat indépendant du Sénégal.

Aujourd'hui, dans la nouvelle configuration démocratique du pays, avec sa scène politique marquée par le clientélisme et l'enrichissement rapide des dirigeants, combien de temps pouvaient ils ignorer cette tentation sachant leur propre capacité de mobilisation populaire ? Défaits d'autres valeurs qui auraient pu les empecher de s'engager dans cette scène corrompue, de moins en moins guides religieux et de plus en plus princes héritiers de pouvoirs communautaires, leur investissement dans la vie politique semble inévitable.

Ceci d'autant plus que, deception de l'alternance aidant, on vit une période de défiance profonde du peuple à l'egard de la classe politique. Le resultat est une grande confusion : l'impression de ne pas savoir à quel saint se vouer. Quel saint ? Ben tiens .. se dit le prétendu saint homme, me voila!

Un marabout pour apporter un peu de certitudes et peu ou prou de morale (à voir!) ... On peut se demander où nous menera cette ère des marabouts.

Il faudrait tout un article pour revenir dessus. Mais quelques réponses évidentes :
  • A plus de communatarisme
  • A l'affaiblissement de l'Etat voire la destruction du modèle républicain
  • A la radicalisation religieuse du pays
Que des bonnes nouvelles ...