Bruguière donc, juge français d'exception, délivre des mandats d'arrêts contres de très hauts responsables du régime rwandais de Paul Kagamé (FPR) et réclame même la tête de ce dernier.

A quel titre ? A propos de l'attentat qui en 1994 à coûté la vie à Juvenal Habyarimana (cet événement servit de déclencheur au génocide rwandais nous dit-on au passage). Le pilote de l'avion était français et sa famille a saisi la justice.

Pris juste comme cela, cela à l'air d'une banale affaire de Justice, incriminant un haut responsable étranger et qui va entraîner répercussions diplomatiques et tout le tralala...

Or plusieurs éléments s'ajoutent à ce contexte.

La France, impliquée dans le génocide aux cotés des bourreaux.

En effet, ces mandats d'arrêt ne viennent pas de n'importe quelle Justice, majestueuse, impartiale et aveugle, mais de la Justice Française, c.a.d. de la justice d'un pays qui est accusé, avec un dossier accablant à l'appui, d'avoir pratiquement aidé et soutenu les génocidaires.

En effet, le rôle dans la France dans cette affaire là a été immonde jusqu'au bout. D'abord longtemps soutien d'un régime dictatorial (une vieille habitude sur le continent), elle a conservé son appui politique à ce régime aux vélleités génocidaires jamais lointaines, et gardé à l'armée soutien logistique et encadrement tout en laissant commettre quelque petits massacres par ci et par là et préparer le grand en toute tranquillité.

Ensuite, lorsque après plusieurs semaines de massacres, il est devenu clair que les rebelles du FPR qui avaient lancé une offensive en même temps allaient prendre le pays, la France est enfin intervenue dans le cadre d'une opération Turquoise aux relents médiatiques nauséabonds (les journalistes "embeded" français, c'était là) et aux objectifs réels encore plus puants, puisqu'il s'agissait en réalité de ralentir les rebelles et d'offrir protection et extradition à des responsables du génocide.

Un juge de ce pays là, quel qu'il soit, peut il ensuite décemment prétendre instruire contre les dirigeants issus de cette rébellion là qui était son ennemie hier? La liberté qui lui est donnée de le faire peut elle être crédible ?

Mais, pour achever de convaincre de la totale honneteté de toute cette affaire là, voila qu'un coup d'oeil à l'actualité des quelques semaines précédentes nous apprend que le Rwanda venait de mettre en place une commission pour prouver l'implication de la France dans le génocide.

Ah tiens... comme par hasard ...

La crime de Kagamé et compagnie : faire la guerre

Mais laissons tomber ce contexte global pour revenir à l'affaire elle même. De quoi sont accusés ces dirgeants rwandais ? D'avoir abattu l'avion de Habiyarimana ?

Attendez un instant là ... on parle bien de rebelles qui étaient en guerre contre le regime de ce même président, non ? Qu'il soit prouvé qu'ils l'ont fait ou pas ... c'était pas un peu leur but, ces gars ? C'est con la guerre : on y tue des gens. C'est bien pour cela que idiots idéalistes comme moi n'aimons pas ça.

Mais ce n'est pas ce que Brugière leur reproche. Il leur reproche d'avoir tué le pilote avec. Le pilote qui était la envoyé par les autorités de son pays pour appuyer un régime allié. Un soldat quoi.

Bon, la famile du pauvre pilote français chagrinée par la perte d'un de ses membres a bien raison de vouloir poursuivre les responsables. Mais faudrait voir ailleurs : par exemple du coté des autorités qui on envoyé ce pilote avec d'autres soldats français soutenir une partie dans ce conflit en cours. Si la famile de chaque soldat se met à poursuivre les dirigeants des pays contre lesquels la France est en conflit, on n'est pas sorti des embrouilles diplomatiques. Mais s'il poursuivent les autorités Françaises , on est peut etre sorti des embrouilles guerrières.

Confusion (volontaire ?) dans les media français

Mais l'autre aspect dérangeant de tout ceci, est dans la manière dont les médias français en on fait les gorges chaudes. Franchement, on sentirait presque dans l'expectoration médiatique de la nouvelle un soulagement. Celui de la culpabilité enfin partagée. J'ai eu la paranoiaque impression de lire entre les lignes :

"Ah tiens donc ... Bruguière accuse Kagamé et c'est à propos du Rwanda, période génocide.. Très bien ça. Très bien. On peut arrêter de pointer la France du doigt puisqu'on a un autre coupable. Un local en plus."

OK, c'est subjectif. Mais la où ce n'est plus de la parano, c'est dans le constat d'une sorte de confusion volontaire ou pas que causent les titres. Un échantillon :

Figaro : Rwanda : Bruguière incrimine Paul Kagamé

RFI : Génocide Rwandais : Bruguière accuse Kagame

Le Monde : Rwanda : le juge Bruguière recommande des poursuites contre le président Kagamé

Ca ne vous frappe pas ? Chacun de ses titres laissserait facilement penser qu'on vient d'accuser Kagamé et ses hommes de culpabilité dans le génocide.

Non je ne crois pas au complot médiatique. Juste à la manifestation dans le discours des journalistes des pressions et névroses de leur environnement.

Bref dans tout ce cadre là, celui qui perd son temps et son crédit, c'est le juge Bruguière ou plutôt Dame Justice. Difficle de faire croire en effet dans ce genre d'affaires en la propreté immaculée de la Justice "sous la robe de laquellle, je ne vous raconte pas" [1] [2].

Notes

[1] de l'inoublibale Desprogre dans un des épisodes du Tribunal des Flagrants Délires

[2] Oui, c'est bien que ce sombre billet se finisse sur une réfrénce à cette icône de l'humour. Ne dit-on pas que l'humour estla politesse du désespoir