"...en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyranie"
Par Doomu Rewmi le lundi 13 novembre 2006, 13:37 - Chroniques d'une société dérèglée - Lien permanent
La scène inspire des images de guérilla urbaine, de révolutions sanglantes,
de terreur.
On aperçoit d'abord au loin une épaisse fumée noire qui s'élève au dessus des
maisons et des arbres qui bordent les rues. Tout autour de vous les gens
inquiets lèvent la tête vers ce signe sinistre, s'interpellent,
s'interrogent.
Puis arrivent, venant de cette direction, les premiers d'entre eux. Ils courent tous, en se retournant parfois, passent sans s'arreter. L'un est en sang, l'autre tiens à la main un gourdin, un troisième s'arrete devant vous pour ramasser un gros caillou, puis un autre avant de repartir. Ils répondent à peine à vos questions :
- "Oui, c'est une voiture."
- "Ils l'ont brulée".
Qui ils ? Vous ne saurez pas.
Bientôt c'est une foule qui arrive de ce coté, ils courent tous, une arme de fortune à la main. Ils ont souvent le même T-shirt rouge. On commence à reconnaitre les couleurs, les emblèmes. Ce sont les supporters de l'équipe qui a gagné la finale d'hier.
- " Quelle finale ? " (oui, je ne suis pas les hivernales!) ...
On comprend bientôt qu'iIls courent vers leurs maisons en feu. Pendant qu'ils brulaient une voiture dans le quartier de leurs adversaires d'hier, ceux-ci sont allés mettre le feu à leurs maisons. Effectivement de coté la aussi, dans l'autre direction, on dirait des panaches de fumées noires dans le ciel.
Ils défilent ainsi, au pas de course. Une véritable petite armée, jeune , très jeunes, génération "boulfaale" comme ils se nomment eux mêmes. Les plus grands ont l'air costauds, déterminés et sérieux. Impressionnants. Parmi eux, les plus jeunes s'amusent. Des gamins, même dix ans, qui ont souvi le groupe parce que c'est amusant.
Bientôt la fleuve humain se tarit. La rue retombe dans un calme suréaliste. Les voisins s'interpellent, commentent, rendent un verdict amère sur les dérives de la jeunesse, rappelent peut etre avec un peu de nostalgie l'époque forcément meilleure de leur jeunesse. Puis après un hochement de tête résigné rentrent chez eux. Leurs enfants qu'ils n'ont pas pu (?) empécher de suivre la vague raconteront à leur retour les scène de batailles, les blessures ouvertes, les ambulances, puis la police et les grenades lacrymogènes.
Oui on en est là...
L'air de mon vieux quartier de la Médina en a porté les premiers frémissements dépuis des semaines déjà, puis c'est devenu petit à petit le bruit de fond de nos journées, le ton montant progressivement jusqu'à devenir une sorte de tension preque éléectrique qui chargeait l'air le jour où ça devait avoir lieu.
Un match de foot. Une finale des hivernales, les navetanes.
La tension electrique se finit en explosion. De joie d'abord pour les vainqueurs, de violence ensuite dans ce qui est devenu la traditionnelle troisième mi-temps de ces matchs.
Prudemment perché au balcon, j'ai regardé passer ces explosions successives qui crachent leurs marée de manifestants.
Il y bien sur pour moi la dedans une petite histoire personnelle, celle banale du temps qui passe, des années qu'on prend et des petis choses dans le quotidien auxquelles on les mesure. En effet, la marée des supporters a changé sous mes yeux. D'abord une marée d'adultes à mes yeux d'enfant, puis une foule d'adolescents de mon age , c'est desormais une masse de jeunes que j'observe du haut de ma trentaine. Oui banale histoire de moi qui vieillit et des supporters qui ont toujours le même age. Je regarde mon nombril et me morfond mais bah ..
L'autre histoire, la vraie la terrible histoire, c'est celle de l'avenement au fil des ans, sous mes yeux résignés, d'une nouvelle tyrannie. Ce n'est pas la nostalgie qui parle quand je dis qu'avant cela ne passait pas ainsi. Les hivernales se sont bien transformées petit à petit. D'une activité des vacances scolaires qui réunissait la jeunesse du quartier dans de multiples confrontations bon enfant avec d'autres quartiers alentours, ces joutes sont devenues des affrontements guérriers où la moindre rencontre se paie très chers en batailles de rue, en casses et vandalisme, en victimes mutilées a vie, ....
Je me souviens de ce texte de Platon placardé dans toutes les classes :
Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants,
Lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles,
Lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter,
Lorsque finalement les jeunes gens méprisent les lois, parce qu'ils ne reconnaissent plus au-dessus d'eux l'autorité de rien ni de personne,
Alors c'est là, en toute beauté et en toute jeunesse,
le début de la tyrannie.
Oui je retrouve bien la tyranie de Platon dans la marée qui passe devant chez moi et dans les hochements de têtes des mes voisins qui rentrent chez eux attendre que leurs enfants reviennent de ces batailles.
Chacun des jeunes (oui je suis bien obligé de les nommer ainsi) qui constituent cette foule violente est un enfant que personne n'a forcé rentrer à la maison, à qui personne n'est venue tirer les oreilles et demander des comptes sur son attitude dans la rue. Et chacun de ses groupes qui s'afrontent, est une bande de jeunes qu'aucune autorité du quartier, un ainé respecté, un viellard craint, n'est vénu prendre en main pour leur dire ce qui est mieux pour eux.
Amateur de causes profondes, je me demande evidemment ce qui a changé pour qu'on en arrive là. Je ne sais pas. Je sais que la réponse n'est jamais simple quand on par le de phénomène sociaux. Alors je vais chercher partou en meme temps.
- Dans l'abrutissement individualiste qu'impose la vie urbaine, cet abrutissement qui met fin aux communautés et à la prise en charge collective de la jeunesse.
- Dans la pauvreté urbaine et la misère sociale qui ont fait que chaque enfant nait devant un horizon bouché où le seul modèle se présente sous les traits de El Hadji Diouf, enfant terrible, violent, batailleur, indiscipliné, insolent ... riche et aimé de tous.
- Dans la perte des valeurs morales qui font que chaque jour le moindre politicien ou responsable public corrompu vient se pavaner avec arrogance devant ces jeunes, sapant la valeur de l'autorité administrative et invalidant tout sermon sur la vertu d'un comportement plus exemplaire.
- Dans le spectacle désolant de nos dirigeants qui se batttent tant pour le butin national qu'ils en ont oublié de sauver les apparences.
- Dans l'avénement des nouveaux modèle de nos dirgeants, des ces ministres qui ont acquis leur responsabilité, malgré leur caractère surlfureux, simplement parce qu'ils ont affiché la témérité, la violence militante et le manque total de respect envers toute autorité non rallié à leur camp et l'insolence qui a cloué le bec à tous leurs adversaires.
Je ne sais pas trouver une cause profonde immédiate à ceci mais je sais une chose : c'est que c'est là le sympotome de ce genre de décompostion sociale qui méne si facilement aux guerres civiles et aux enfants soldats du Libéria et du Sierra Leone.
Commentaires
amel jr a dit…
j ajouterai "Monsieurs les Enfants". L'immagination c est pas le mensonge!
lundi, novembre 13, 2006 4:50:00 PM
natty a dit…
"on en est la.."
mais ou va t'on now? ce truc ne semble deranger personne a part ces pauvres gens qui voient leur maison, leurs voitures brulees...leur garcons blesses...
le pire c'est que chaque annee c'est pqreil et personne ne fait rien
grrrrrrrrrrrrr
mercredi, novembre 15, 2006 8:49:00 PM