Il faut que je revienne à mes re-découvertes récurrentes du ciel. Cela se produit généralement quand je suis en visite dans mon village la bas dans le Saloum.

Dans ce coin bien hors du monde citadin, qui ne jouit pas comme Dakar du privilège (des coupures intempestives) de l'electricité, là bas, le jour et la nuit, la pleine et la nouvelle lune, le ciel clair ou couvert, ces phénomènes, rythment encore effectivement l'activité humaine.

Hommes et femmes s'activent du lever au coucher du soleil puis s'agglutinent autour d'un feu ou d'une bougie le soir pour des heures beaucoup plus calmes. Les sentiers du vilage s'animent durant la pleine lune du rire clair des enfants dont les ombres presque solides dans la lumière blafarde courent le long des clotures et des cases en une sarabande nocture. A la nouvelle lune, par contre, l'obscurité et les monstres qui l'habitent renvoient prematurément tout le monde dans le refuge des cases et dans les lits.

Mais certains jours de nouvelle lune, en saison sèche par exemple, quand le ciel se dégage, le silence et le calme, sont l'occasion d'une activité plus méditative : regarder le ciel. Stargazing comme le dit joliment l'anglais.

Pour un citadin comme moi, la surprise est totale : il est plein d'etoiles!

Il ne s'agit, comme en ville, de quelques points de lumières qui percent un épais gris. Non. Ici, contre un fond de ciel d'une noirceur presque solide, c'est une poussière d'argent qu'on découvre, s'étalant à l'infini , parsemée de mutliples joyaux scintillants. Un appel à la comptemplation et à l'emerveillement.

Je me dis alors que si regarder ce spéctacle est exceptionnel maintenant, c'est une conséquence de la civilisation. Nos ancêtres devaient pratiquer en permanence cette activité.

D'ailleurs, ils en ont laissé traces partout. Ils ont suffisamment observé le ciel pour s'en servir comme outil d'orientation. Il ont tant admiré le ciel qu'ils y ont vu des étoiles se constituer en constellations formant des figures et des mythes aux noms toujours evocateurs. Il ont si bien surveillé le ciel qu'ils ont surpis certaines étoiles à se balader dans le firmament et ainsi découvert les planètes (le mot "planètes" vient du crec pour dire "[astre] errant").

Sérieusement si c'était à refaire aujourd"hui dans les villes, vous croyez qu'on découvrirait quelque chose dans le ciel nous ?

Mieux, je crois même que c'est de cette activité, cette scrutation fascinée du ciel, et de l'emeveillement inévitable qu'il porte, que sont nées aussi bien nos
plus belles inspirations mystiques qu'une grande part de la science et des progrès qu'elle aporte.

Alors imaginez ma tristesse, quand je rédécouvre le ciel, de penser que peu de citadins,de moins en moins d'humains, le regardent ajourd'hui.

Quelle source extraordinaire d'inspiration et de rêves ignorons nous ainsi ? Quel moteur constant de l'aventure humaine laissons nous s'étouffer ? Quel dérives géniales, quelles percées fanstastiques ou simplement quel précieuse sérénité perdont ainsi l'occasion de voir naitre ?

Sortez, mes amis, de chez vous, de vos maisons, de vos villes, allez là-bas .. loin des lumières, puis levez la tête et regardez l'univers dans les yeux : Il brille.