Remarquez j’aurais pu parler de mon monde personnel qui s’effrite lui aussi un peu ces jours ci mais cela te donnerait l’occasion, Ô cher lecteur, de verser dans ton innommable vice caché qui te fait lire régulièrement ce blog et d’autres, qu’on appelle voyeurisme et que les poissons rouges connaissent bien eux qui doivent souvent essayer de gérer leurs vie de couple dans un bocal transparent sous le regard attentif et intéressé des enfants. Je n’ai jamais voulu être poisson, et rouge non plus d’ailleurs. Aussi je n'en dirais pas plus sur moi dans la suite ci dessous....

Non je ne vous parlerai pas de mon petit monde personnel ni de celui du poisson rouge (qui parfois s’effondre aussi dans un fracas de vers brisé, mais je digresse) mais de ceux dans lequel il est plongé par échelles successives.

Dakar d’abord, et c’est la porte de l’Afrique disait la Pub, Pays de la Teranga et tout ça…Dakar où c’est l’Etat, voire la communauté publique, qui semble en voie de faillite tellement il fait défaut dans des domaines primaires de sa fonction.

Par quoi commencer ? Ah je vous ai déjà parlé de l’inondation que subit le Dakarois cet hivernage à la moindre pluie avec les risques de reports d’élections qui en découlent. Ce que je n’ai pas assez dit alors c’est peut être le risque sanitaire réel faisant vivre cette fourmilière urbaine sous le menace récurrente d’épidémies de choléra, de paludisme ou pire. Mais patauger dans les torrents glauques que deviennent nos avenues ne suffit pas, il nous faut en plus, vivre au milieu de nos ordures dont le ramassage est à nouveau sporadique, voire, dans certains quartiers complètement inexistant, faisant de la ville un gigantesque dépotoir nauséabond où les relations de voisinage se jouent désormais aux tentatives élaborées de déposer sans se faire attraper son sac de déchets sur le tas du voisin.

Puis viennent les pénuries. Dakar ville des pénuries disais-je dans un des mes premiers posts, rattachant les problèmes de fourniture d’électricité, de gaz et de carburant à une conjoncture mondiale inquiétante posée par la fin annoncée de l’ère du pétrole bon marché. Je ne peux pourtant pas croire que notre pays soit si prompt à devancer le reste du monde en tout, qu’il vive déjà de manière si aiguë la crise énergétique. Ces jours ci, c’est entre quatre et huit heures de coupures quotidiennes qui laissent par exemple les équipes de ma petite entreprise assoupi devant les écrans morts de leurs ordinateurs avant de plier bagages et de déclarer forfait une journée entière de travail et retourner chez eux extraire du frigo soudain dégelés les aliments qui risquent d’y pourrir. Ces journées qui se perdent sont payées durement par toutes les PME qui n’ont pas les moyens de s’offrir un groupe électrogène.

Les plus grandes (entreprises) n’auront cependant pas pu profiter de leur privilège. Conséquence (imprévue ?!?) d’une décision contestée de l’état de réquisitionner des réserves de gasoil pour fournir à la SENELEC le carburant supposé lui manquer, les pénuries de carburant aux stations d’essences niées avec véhémence par les autorités sont pourtant réelles. Pas de carburant pour les voitures, et donc non plus pour les groupes électrogènes.

Au même moment sur un autre terrain, nos hommes politiques jouent eux avec le feu, soulevant avec un sens extraordinairement déficient de l’à propos, des questions de nationalité à propos d’un opposant en prison. Comment ne pas penser avec effroi à ce qui est arrivé à nos voisins ivoiriens quand on entend cela ?

Faut il que je récapitule le sombre tableau ?

Nos maisons sont revenues à la bougie (comme le suggère notre provocateur Président). Nos entreprises elles se meurent de ne pouvoir le faire (parce que l'ordianteur fonctionnant à la bougie ce n'est pas encore tout à fait au point). Les files d’attentes s’allongent aux stations, achevant de bloquer une ville déjà ralentie pas les embouteillages monstres. Les eaux qui stagnent et les ordures qui attendent menacent la santé de tous. Les pirogues de l’infamie emportent par centaines des jeunes tenter la mort pour fuir le pays. Chargé de gérer tout cela, nos politiques se traitent de noms d'oiseaux et jouent avec le feu. L’accumulation me laisse soudain dans une profonde inquiétude et un découragement difficile à surmonter, l’impression que le navire Sénégal fait naufrage (les pauvres bêtes fuient déjà).

Mon monde s’effondre donc, me disais je, espèrant par le possessif bien placé limiter les dégâts à mon pays natal ou à mon entourage immédiat.

Mais que vois-je en passant à la rubrique internationale ? Que Bush attaquera certainement l’Iran avant la fin de son mandat, que la guerre des civilisations, cette prophétie auto-réalisatrice d’une vision du monde chère à certains a trouvé de quoi l’alimenter avec les propos du Pape Benoit XVI et les réactions de tous poil, que l’avenir de la France se joue à Sego ou Sarko, qui discutent de carte scolaire, qu’au Darfour on hésite entre « génocide » et simple crime contre l’humanité.

Mais la meilleure arrive d’ailleurs, du pôle nord en fait. C’est à croire que fatiguée de nos horreur Dame Nature se décide à corriger l’erreur ou à nous laisser simplement vivre (ou plutot mourrir de) la conséquence terrible de nos actes : la banquise s’effondre, et ce trente fois plus vite qu’on ne le croyait.

Le monde s'effondre donc. Nous avons peut être déjà réussi sans le savoir à dépasser le point de non retour dans qui mettrait fin à tout ceci.

D’une manière ou d’une autre.

Tout va bien, dormez tranquilles braves gens. Ce n’est que moi qui déprime.