Mbeewa, puisque c'est ainsi que s'appelle la chevre en peul, allait de son trot gambabdant (demandez donc à Gad Elmaleh, pour le gambadage intensif) lorsque d'un fourré surgit Kaw Fooru (Oncle hyène, car comme le savent tous les pères du Saloum, la hyène est cousin de leur femme et oncle de leurs enfants, et ne me dites pas que c'est étrange avant de m'avoir expliqué pourquoi la hyène est au feminin en Français, si ce n'est qu'elle ricane et que la langue de molière est mysogyne). Et où en étais-je donc moi avant d'être si impoliement interrompu ?

Ah... le jeune Mbeewa donc se retrouve nez à nez avec Kaw Fooru à l'echine cassée qui lit la peur dans son regard perdu et, par un atavisme fabuliste navrant, se met à ricaner en toussant....

- "Ah petite chèvre, que tu ferais certes un bon diner, hmmm...." dit la Hyène.

(Vous noterez que jusqu'ici la hyène joue honêtement et complètement son rôle de méchante. Je pense qu'elle fait montre d'un bel esprit du sacrifice au nom de la normalité fabulistique, parce que quand même si elle mange des petites chèvres qu'elle connait à peine en les rencontrant au détour d'un sentier dans la brousse, nous, nous les élévons, les nourissons, les caressons, les lavons avant de les rotir en leur plantant du choux fleur au nez... Pardonnez la digression)

Kaaw Fooru, cependant, était joueur ce soir là car voila ce qu'il dit à la chèvre.

- "Si tu me dis trois vérités indéniables, je te laisserai partir".

Mbeewa, affichant toute la nervosité requise par la situation, transpirant surement à grosses gouttes sous son pelage lisse, trouva quand même dans sa petite cervelle l'inspiration suivante.

- " Pour commencer, Oncle Hyene, je peux affirmer que si j'avais su que je te rencontrerais ici, je me serais bien gardé d'emprunter ce sentier".

- "Eh! Eh! Eh..." ricana Kaaw Fooru, "c'est bien vrai'.

Mbeewa d'enchainer (profitant de l'occasion pour s'eloingner de quelques bonds vite rattrapés par la vielle hyène à qui on ne le fait pas)

- "Ensuite, Kaaw Fooru, je t'assure que si je m'en sors et le raconte aux miens une fois de retour au village, il ne me croieront pas".

- "Certes, non, petite chèvre, il ne te croieront pas. Voila bien une vérité que je ne peux nier!" repliqua la la hyène, qui comme tous les méchants, sait avoir à l'occasion le style recherché que requiert la circonstance historique.

(Une petite digression encore, pour signaler que la chèvre comme la hyène doivent à ce moment là sentir qu'ils vivent un moment historique qui fera le succès des fabulistes, chèvres, hyènes ou humains, des générations à venir. Les deux prennent donc garde à leurs mots de peur de tuer le moment par une expression mal inspirée. Imaginez le nombre de fables que vous n'entendrez jamais parce quelqu'un n'a pas sur faire rimer "ramage" avec "plumage", hien ?)

- "Enfin, Kaaw Fooru, toi et moi savons bien que si tu me proposes ce jeu là, et que ton offre est sincère, c'est certainement parce que tu n'as pas très faim".

- "Mais c'est vrai!" s'exclama Fooru, bien obligé de conceder une troisième vérité.

Ce que la fable ne dit pas, c'est si la chèvre s'en sortit, puisqu'à ce moment là, l'auditoire est plus préoccupé par l'exercice intellectuel que par la vie de la petite chèvre. Les commentaires vont bon train sur l'exactitude des énoncés véridiques et l'ironie qu'ils contiennent.

La Fontaine et ses morales peuvent donc allez dormir, il n'y en pas ici.

Evidemment, éduqué à l'Ecole de Ferry, je ne peux resister à la tentation d'en imaginer une.

Quelque chose comme : "Si ventre affamé n'a point d'oreilles, ventre plein entend la vérité à merveille".

Quoi ? C'est nul ? Eh.. franchement, si la hyène avait eu faim, il n'y aurait pas eu de fable et vous n'auriez eu aucune vérité a lire sur ce blog.

Ok, Ok ... je vous laisse tirer votre propre morale. Mettez vos suggestions en commentaires.