L'oiseau ramatou, l'ouvrier du bâtiment et l'économie
Par Doomu Rewmi le mardi 29 août 2006, 14:11 - Humeurs du berger peul - Lien permanent
C'est une scène très courante à Dakar et qui me laisse toujours méditatif.
C'est au détour d'une grouillante rue de la ville. L'homme, jeune et vigoureux,
les mains calleuses trahissant certainement un travail de forçat dans un métier
du bâtiment, marche la tête baissée, penché sur les mille soucis qui font son
quotidien, se frayant un chemin distrait entre les étals qui encombrent le
trottoir et arrêtent le chaland pour quelques minutes d'une routine du
marchandage si chère aux Sénégalais avec ses régles aussi subtils
qu'incontournables.
Pourtant le voila qui s'arrête tout d'un coup, sorti de son isolement par un bruit qu'il essaie de localiser en balayant son entourage du regard. Ce sont les pépiements de dizaines d'oiseaux-ramatou, ces moineaux de nos contrées, à la livrée brune souvent, parfois agrémentée de vives couleurs.
Il hèle l'oiselier qui les porte dans la petite cage puis se met à fouiller dans ses poches. Ses grandes mains rustres saisissent un porte-monnaie au cuir élimé et ses doigts aux ongles noircis réussissent à en extirper une pièce récalcitrante apparemment reticente à quitter sa solitude. Il la tend à l'oiselier puis, tenant ses deux grosses mains en coque, reçoit avec précaution un des petits volatiles. Il porte ses mains à son visage et murmure quelque voeu intime à l'oiseau avant de le décocher telle une flèche messagère au ciel.
J'imagine toujours que l'oiseau, qui pleurait dans son pépiement incessant la liberté perdue un crépuscule dans les filets, s'élance d'un coup d'aile assoiffé et s'élève au dessus de son bienfaiteur, de son ex-geôlier, de la rue bruyante, de la ville grouillante, ... oui j'imagine toujours qu'il monte aussi haut que possible, porteur de la prière secrète qu'il a susurée à son oreille, qu'il couve en lui un moment avant de la libérer dans le ciel dans un cri perçant.
La légende populaire veut en tout cas que le voeu ainsi formulé attire de la providence la même attention gentille sur son insignifiant auteur que celle qu'il a offert à la pauvre bête.
Je devrais m'en émouvoir et peut être héler aussi l'oiselier. Ou alors sourire devant cette scène typique d'une culture urbaine hybride des légendes passées et des villes nouvelles. Ce que j'aurais fait il y a quelques années.
Mais aujourd'hui, est ce l'âge ou le cynisme?, je me pose d'autres questions...
Qu'est ce qui a donc amené cet moineau là, en cage dans cette jungle urbaine, où elle rencontre son bienfaiteur ?
N'est ce pas la croyance même de ce dernier dans cette légende populaire qui à fait qu'un soir, un chasseur a tendu son filet sur l'arbre ou des milliers de ses congenères nichaient ? N'était ce pas seulement pour lui vendre à lui, supposé bienfaiteur, sa liberté qu'on la lui volât au crépuscule ?
Oui, bien sûr. L'oiseau était en cage parce que lui souhaitait pouvoir le libérer. Et si ce moineau avait lu un tant soit peu sur les bases de l'économie il aurait peut etre trouvé dans son sort un sujet intéressant pour alimenter ses reflexions pendant qu'il était en cage. Il est la victime d'un cycle économique alimenté par une croyance que le lyrique qui sommeille en moi était pret à peindre avec poésie.
Qu'achète exactement ce passant ? Que vend l'oiselier ? Que produit le chasseur d'oiseau au filet véloce ? Je devrais peut être demander aux messieurs de l'Econoclaste, ces maîtres de l'economie pour les nuls, comme moi.
En attendant, cela me rapelle un blague, entendue en entreprise évidemment :
- "Il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué".
- "Oui mais si on n'a pas encoure trouvé d'acheteur pour la peau, pourquoi tuer l'ours ?"
Pourtant le voila qui s'arrête tout d'un coup, sorti de son isolement par un bruit qu'il essaie de localiser en balayant son entourage du regard. Ce sont les pépiements de dizaines d'oiseaux-ramatou, ces moineaux de nos contrées, à la livrée brune souvent, parfois agrémentée de vives couleurs.
Il hèle l'oiselier qui les porte dans la petite cage puis se met à fouiller dans ses poches. Ses grandes mains rustres saisissent un porte-monnaie au cuir élimé et ses doigts aux ongles noircis réussissent à en extirper une pièce récalcitrante apparemment reticente à quitter sa solitude. Il la tend à l'oiselier puis, tenant ses deux grosses mains en coque, reçoit avec précaution un des petits volatiles. Il porte ses mains à son visage et murmure quelque voeu intime à l'oiseau avant de le décocher telle une flèche messagère au ciel.
J'imagine toujours que l'oiseau, qui pleurait dans son pépiement incessant la liberté perdue un crépuscule dans les filets, s'élance d'un coup d'aile assoiffé et s'élève au dessus de son bienfaiteur, de son ex-geôlier, de la rue bruyante, de la ville grouillante, ... oui j'imagine toujours qu'il monte aussi haut que possible, porteur de la prière secrète qu'il a susurée à son oreille, qu'il couve en lui un moment avant de la libérer dans le ciel dans un cri perçant.
La légende populaire veut en tout cas que le voeu ainsi formulé attire de la providence la même attention gentille sur son insignifiant auteur que celle qu'il a offert à la pauvre bête.
Je devrais m'en émouvoir et peut être héler aussi l'oiselier. Ou alors sourire devant cette scène typique d'une culture urbaine hybride des légendes passées et des villes nouvelles. Ce que j'aurais fait il y a quelques années.
Mais aujourd'hui, est ce l'âge ou le cynisme?, je me pose d'autres questions...
Qu'est ce qui a donc amené cet moineau là, en cage dans cette jungle urbaine, où elle rencontre son bienfaiteur ?
N'est ce pas la croyance même de ce dernier dans cette légende populaire qui à fait qu'un soir, un chasseur a tendu son filet sur l'arbre ou des milliers de ses congenères nichaient ? N'était ce pas seulement pour lui vendre à lui, supposé bienfaiteur, sa liberté qu'on la lui volât au crépuscule ?
Oui, bien sûr. L'oiseau était en cage parce que lui souhaitait pouvoir le libérer. Et si ce moineau avait lu un tant soit peu sur les bases de l'économie il aurait peut etre trouvé dans son sort un sujet intéressant pour alimenter ses reflexions pendant qu'il était en cage. Il est la victime d'un cycle économique alimenté par une croyance que le lyrique qui sommeille en moi était pret à peindre avec poésie.
Qu'achète exactement ce passant ? Que vend l'oiselier ? Que produit le chasseur d'oiseau au filet véloce ? Je devrais peut être demander aux messieurs de l'Econoclaste, ces maîtres de l'economie pour les nuls, comme moi.
En attendant, cela me rapelle un blague, entendue en entreprise évidemment :
- "Il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué".
- "Oui mais si on n'a pas encoure trouvé d'acheteur pour la peau, pourquoi tuer l'ours ?"
Commentaires
tripplex a dit…
la légende au service de l'économie? il y a quand même de la poésie dans ton histoire même si après tu essaies de briser la magie du geste, la beauté de l'envol ... il reste de la poésie dans les mots, mais pas dans le message parce que tu brises la légende. Peut être que l'homme qui murmure un message à l'oiseau n'y croit pas, c'est peut être un geste désespéré qu'il fait sans conviction aucune comme ces gens qui lancent des prières sans penser qu'elles seront exaucées.
mercredi, août 30, 2006 10:24:00 AM
Doomu Rewmi a dit…
Terrible hien ce cynisme qui pousse à tuer la magie que jadis on savourait. L'age ou la culture parisienne, je ne sais pas...
Oui tu as raison de poser la question ... Et s'il n'y croit pas non plus ? Et si, il saisit clairement tous les tenants de la relation entre lui l'oiselier et le petit oiseau, mais lucide et sage (au lieu de cynique), il sait que, quoique j'en pense, il libère un oiseau...
Yeah
mercredi, août 30, 2006 11:20:00 AM
Douda a dit…
Un peu déconcertant ce billet, ça commence en trémolos à me faire rapprocher la boîte de Kleenex pour finir dans un cynisme d‘autant plus cinglant qu’il est juste. Et l’impression que ces moineaux renvoient à bien d’autres volatiles et que les superstitions prennent d’autres formes encore plus absurdes. A creuser quand j’aurais remis mes neurones en marche.
mercredi, août 30, 2006 11:53:00 AM
surfer d'argent a dit…
"Oui tu as raison de poser la question ... Et s'il n'y croit pas non plus ? Et si, il saisit clairement tous les tenants de la relation entre lui l'oiselier et le petit oiseau, mais lucide et sage (au lieu de cynique), il sait que, quoique j'en pense, il libère un oiseau..."
C’est un peu comme le gars qui donne une pièce d’un euro à un mendiant dans la rue tout en sachant qu’il va acheter du bedo avec, ou de la bière (ce qui est mauvais pur sa santé), mais en se disant faisant ainsi, il évite que le même mendiant agresse une personne pour s’acheter son bédo.
mercredi, août 30, 2006 5:40:00 PM
Doomu Rewmi a dit…
@Silver Surfer (Ah ... marvel je me souviens)
Yep. Dans ces cas, on dit, étrangement en français, que le gars est philosophe.
Quoique ici mon liberateur d'oiseau, toujours en supposant qu'il ne croit plus en la légende, fait une sorte de commemoration culturelle....
Mais on suppose beaucoup. Le mien y croit, je suis sur... Un peu.. ou alors il ne sait pas trop...
jeudi, août 31, 2006 12:20:00 AM
Doomu Rewmi a dit…
Ah au fait.. mesdames, vous avez l'air de penser que je vous ai un peu laissé tombé sur la fin... au lieu du Kleenex je vous offre un sourire amusé. "Déconcertant" ? Oui mais réel.
Vous me rappelez un truc que j'ai lu chez Douglas Adams, dans le Guide du Routard Galactique : Un avocat y gagne un procès en arguant que si le l'erreur dont son client ecrivain est auteur est plus belle que la réalité, alors la réalité a tort.
jeudi, août 31, 2006 12:24:00 AM
tripplex a dit…
Pourquoi associer mesdames avec kleenex et sourire?
jeudi, août 31, 2006 8:56:00 AM
Doomu Rewmi a dit…
Parce que tous les commentaire ci dessus viennent de dames. Toi et Douda. La précision etait plus grammaticale que mysogyne...
Non je n'allais pas vous accuser de preférer la magie, le kleenex et un fin romantique à mon histoire plus tot que mes questions prosaiques... ou plutot si. J'allais ... mais j'ai pas osé ...
jeudi, août 31, 2006 6:29:00 PM
tripplex a dit…
haha alors t'as pas un autre texte à écrire que je me régale?
vendredi, septembre 01, 2006 9:14:00 AM
Doomu Rewmi a dit…
Hier j'ai passé 3 heures à m'inscirre sur les listes électorales. Trosi heures d'attentes avec la foule de ceux qui s'y ont pris le dernier jours. Trois heures à écouter les commentaires désabusé. Trois heures à observer les tentatives de gruger la file. Trois heures à regarder une administration municipale.
Peut etre de quoi faire un texte
vendredi, septembre 01, 2006 3:25:00 PM
Bintou a dit…
eh ben ça t'apprendra à t'y prendre à la dernière minute....
eh ben puisque c'est comme ça j'enchaine illico avec un autre poème lyrique "picc mi" pour prolonger la magie
vendredi, septembre 01, 2006 8:53:00 PM
Doomu Rewmi a dit…
Bintou,
Picc Mi, si j'ai la bonne reférence, est peut etre un poème lyrique (je n'ose discuter ton appréciation de l'auteur) mais pour la magie il faudra trouver autre chose. En effet cela raconte la complainte de l'oisillon qui craint de tomber du nid dans la gueule d'un crocodile c'est ça? A la fin de la chanson, l'oisillon tombe... dans le pièce du croco. Hé hé
dimanche, septembre 03, 2006 5:43:00 AM
tripplex a dit…
ha cool donc tout le tralala de ton inscription sur la liste électorale va bien t'inspirer un texte non? rien de nouveau ce matin?
lundi, septembre 04, 2006 8:32:00 AM
Douda a dit…
Doomu, juste en passant voir si tu nous avais pondu un nouveau texte cynico-romantique, j'en profite pour te dire bonjour. Pour le texte, j'attendrai, je ne voudrais pas te mettre la pression, hein Triplex ;-)
lundi, septembre 04, 2006 9:57:00 AM
Doomu Rewmi a dit…
Se faire mettre la pression par des dames plus douées que soi : c'est du harcelement.
Oui j'ai des choses à vous dire. Plein. Mais pas ce que vous croyez (vous deconcerter, mon sport faovri...)
Later...
lundi, septembre 04, 2006 12:31:00 PM
Célèbre anonyme a dit…
ah, je me suis tapé l'inscription aussi. 3H. au bout des trois heures, tu te rend compte que tu as fait toutes ces files d'attentes juste pour remplir un formulaire double page dont surlequel tout ce qui est noté comme infos ai final ce sont tes prenom, nom, date de naissance...etc.
je l'ai fait à l'entranger et je me disais (je ne sais pas pourquoi d'ailleur) que sur place, au sénégal, cela devait être différent.
lundi, septembre 04, 2006 9:51:00 PM
Anonyme a dit…
je me suis relu, j'allais corrigé les fautes et re posté mon commentaire. Mais si je corrige et qu'il en reste encore (ce qui est fort probable) se serait encore plus génant
;-)
lundi, septembre 04, 2006 9:53:00 PM
natty a dit…
celebre anonyme t'inquietes tant que je serais la t'auras pas a te gener mes fautes a moi suffisent pour aveugler les autres, les tiens ne se verront pas (bye the way DR tu nous avais pas dis que tu recevais la visite du president himself! :) )
sinon moi je crois que ton liberateur de ramatou y croit. Il y croit meme dur comme fer. sinon sa derniere pieces extirpee si difficilement de sa poche aurait servi plutot a acheter un paquet de "thiaf" (heu c'est ton blog a toi d'expliquer pour les autres "ma tey" he he he ) coz je suppose qu'il doit etre affame ton pauvre ouvrier ...
mardi, septembre 05, 2006 6:57:00 PM
Doomu Rewmi a dit…
Illustre anonymes, tu as raison de te sentir frustré. Tout ça poour ça se dit on un peu à la fin.
Mais il faut dire, le but c'est surtout prendre ta photo (qu'il ont déja) avec la jolie webcam et ton empreinte qu'ils ont déja ton acienne carte. Va comprendre.
Pour les fautes, ma méthode est simple, je ne me (re)lis pas, donc je ne les vois pas.
mercredi, septembre 06, 2006 1:57:00 AM
Doomu Rewmi a dit…
@natty
Il y croit, il n'y croit pas...
Je crois que les supertution ont ceci de bien que les gens les respectent tout en annonçant ne pas y croire.
Et tu ne connais pas le pris du Thiaaf, O femme urbaine sophistiquée.
le Thiaaf meriterait un post à part. Les malchanceux qui ne connaissent pas pourront l'appeler (tres vulgairement) des cacahuetes grillées. The others know better.
mercredi, septembre 06, 2006 2:00:00 AM
Et si sa prière n'était qu'un pardon demandé à cause de ce cycle infernal de l'économie.
Et qu'avec sa dernière pièce il choisissait d'offrir au narrateur la majesté de l'envol malgré le cynisme de la réalité.
Il y a de la poésie dans la vie de tous les jours, même si cette poésie pour un temps se transforme en satire et que nous ne soyons que des lecteurs.
pour Doomu, tunréponds à une heure très maytinale ! :)