Ce qui va mal à Dakar selon le Sud Quotidien
Par Doomu Rewmi le vendredi 25 août 2006, 02:07 - Chroniques d'une société dérèglée - Lien permanent
Sommes nous urbains?
C'est la question que titre l'éditorial du Sud Quotidien d'hier (hélas, ils ne laissent pas
sur leur site de lien vers les articles des jours passés).
"Sommes nous urbains" s'interrogait donc l'editorialiste en se désolant des
habitudes de l'animal dakarois.
Tout y passe.
Notre propension à jeter par terre le papier journal emballant les coques
d'arachides grillées qu'on vient de finir ? A-urbain dit il, m'initiant au
passage à un vocabulaire que je le supconne d'avoir inventé.
La nouvelle occupation nocturne faovrite des jeunes Dakarois, la vraie joie des pauvres des quartiers populaires,qui n'est pas ce qu'on a toujours cru se dérouler dans la langueur des nuits étouffantes d'hivernage mais consiste plutot à brancher un haut parleur grinçant pour y crier leur enthoisiame religieux jusqu'aux aurores ? A-urbain dit notre éditorialiste de ses divins DJ,...
La conduite des Dakarois qui ressemble parfois à une chasse ouverte au piéton imprudent et d'autres fois à une expression collective du rejet de toute règle de conduite ? A-urbain confirme notre éditorialiste.
L'occupation sauvage des espaces publiques par la horde de marchands de l'informel ? A-urbain dit-il...
Mais que veut donc dire par ce "a-urbain" ?
Il nous l'explique.
Il nous explique que Dakar est peuplé en majorité de gens issus de l'exode rurale. Ou nés de parents issus de l'exode. Bref des immigrants. Il nous explique comment ces gens là ont construit des habitudes sociales dans un cadre non urbain et les transposent à Dakar causant du coup tous ces maux.
Et c'est la que je ne suis pas du tout d'accord avec lui.
En effet que dit il au fond ? Que ce manque de respect de la chose publique ("mbed mi bedu buur la*" cite-t-il comme slogan typique, à juste titre), ce manque de conscience de l'intéret général, serait un resultat d'une mentalité provinciale ?
C'est vite dit je trouve. Et il occulte beaucoup de choses.
Il oublie d'abord de préciser que dans ces vieilles campagnes que dépeuple aujourd'hui l'exode rural, il a existé longtemps des mécanismes efficaces de gestion de la chose publique (comme le montrent très bien Olivier et Catherien Barrière dans leur livre disponible en ligne sur le site de la FAO)avant que le pouvoir colonial puis l'etat indépendant ne remplacent ces mécanismes par une Administration beaucoup moins efficace qui, népotisme, corruption et clientélisme politique aidant, n'a certainement pas encore convaincu de son sens de l'intéret général.
Il oublie de préciser que l'indiscipline féroce des conducteurs Dakarois est un phénomène totalement urbain très loin de la courtoisie qui règne entre charettes sur les sentiers du Saloum (quoi vous n'avez jamais subi un embouteillage de charettes un jour de loumo** sur une des bourgades qui longent la nationale 1 ?)
Il oublie que le manque de respect du voisin qui permet les sonos hurlantes des soirées religieuses ne peut exister dans un village où le voisinnage est encore une parenté et où l'individualisme urbain n'a pas cours.
Il oublie en gros que si Dakar est peuplé en majorité de gens issus du millieu rural,
ceux ci ont quitté une monde plutot organisé (ou qui l'était il y a peu) pour entrer dans une jungle sans code, nos villes saheliennes à la croissance incontrolée, à la voirie inexsitante et dont les mairies, normalement dépositaires de l'autorité et du pouvoir de gestion de la chose publique au niveau locale, sont juste un autre lieu de gestion patrimonial d'un pouvoir qui est tout sauf gardien de l'intéret général.
S'il faut chercher quelque part l'origine de l'anarchie urbaine, c'est peut etre bien dans l'echec d'un pouvoir trop longtemps aux mains d'une caste politique qui l'a accaparée pour ses intérêts propres tuant par sa corruption et son clintèlisme tout notion de bien public.
La question difficile pour moi et sur laquelles les sociologues et historiens auront peut etre beaucoup à dire, c'est celle des origines de cette approche du pouvoir public. Un héritage colonial ? Une simple circonstance historique qui a placé le pouvoir tout neuf au lendemain de l'indépendance entre de mauvaises mains ? Une autre facette de notre aliennation culturelle ? Un vice inhérent à notre culture comme le diront les plus cyniques ? Un retard de nos sociétés dans la construction d'entités nationales ?
Franchement, je ne sais pas. Et vous?
*"La voie publique appartient au roi/ à l'etat". Réponse classique du Dakarois a qui ont reproche de maltraiter cette voie publique. Sous entendu elle n'est à perosnne.
**loumo: marchés ruraux souvent hébdomadaires. Vielle tradition recemment découverte par les officionados des NTIC qui ont inventé le concept Cyber Louma qui ne cessera jamais de m'amuser
La nouvelle occupation nocturne faovrite des jeunes Dakarois, la vraie joie des pauvres des quartiers populaires,qui n'est pas ce qu'on a toujours cru se dérouler dans la langueur des nuits étouffantes d'hivernage mais consiste plutot à brancher un haut parleur grinçant pour y crier leur enthoisiame religieux jusqu'aux aurores ? A-urbain dit notre éditorialiste de ses divins DJ,...
La conduite des Dakarois qui ressemble parfois à une chasse ouverte au piéton imprudent et d'autres fois à une expression collective du rejet de toute règle de conduite ? A-urbain confirme notre éditorialiste.
L'occupation sauvage des espaces publiques par la horde de marchands de l'informel ? A-urbain dit-il...
Mais que veut donc dire par ce "a-urbain" ?
Il nous l'explique.
Il nous explique que Dakar est peuplé en majorité de gens issus de l'exode rurale. Ou nés de parents issus de l'exode. Bref des immigrants. Il nous explique comment ces gens là ont construit des habitudes sociales dans un cadre non urbain et les transposent à Dakar causant du coup tous ces maux.
Et c'est la que je ne suis pas du tout d'accord avec lui.
En effet que dit il au fond ? Que ce manque de respect de la chose publique ("mbed mi bedu buur la*" cite-t-il comme slogan typique, à juste titre), ce manque de conscience de l'intéret général, serait un resultat d'une mentalité provinciale ?
C'est vite dit je trouve. Et il occulte beaucoup de choses.
Il oublie d'abord de préciser que dans ces vieilles campagnes que dépeuple aujourd'hui l'exode rural, il a existé longtemps des mécanismes efficaces de gestion de la chose publique (comme le montrent très bien Olivier et Catherien Barrière dans leur livre disponible en ligne sur le site de la FAO)avant que le pouvoir colonial puis l'etat indépendant ne remplacent ces mécanismes par une Administration beaucoup moins efficace qui, népotisme, corruption et clientélisme politique aidant, n'a certainement pas encore convaincu de son sens de l'intéret général.
Il oublie de préciser que l'indiscipline féroce des conducteurs Dakarois est un phénomène totalement urbain très loin de la courtoisie qui règne entre charettes sur les sentiers du Saloum (quoi vous n'avez jamais subi un embouteillage de charettes un jour de loumo** sur une des bourgades qui longent la nationale 1 ?)
Il oublie que le manque de respect du voisin qui permet les sonos hurlantes des soirées religieuses ne peut exister dans un village où le voisinnage est encore une parenté et où l'individualisme urbain n'a pas cours.
Il oublie en gros que si Dakar est peuplé en majorité de gens issus du millieu rural,
ceux ci ont quitté une monde plutot organisé (ou qui l'était il y a peu) pour entrer dans une jungle sans code, nos villes saheliennes à la croissance incontrolée, à la voirie inexsitante et dont les mairies, normalement dépositaires de l'autorité et du pouvoir de gestion de la chose publique au niveau locale, sont juste un autre lieu de gestion patrimonial d'un pouvoir qui est tout sauf gardien de l'intéret général.
S'il faut chercher quelque part l'origine de l'anarchie urbaine, c'est peut etre bien dans l'echec d'un pouvoir trop longtemps aux mains d'une caste politique qui l'a accaparée pour ses intérêts propres tuant par sa corruption et son clintèlisme tout notion de bien public.
La question difficile pour moi et sur laquelles les sociologues et historiens auront peut etre beaucoup à dire, c'est celle des origines de cette approche du pouvoir public. Un héritage colonial ? Une simple circonstance historique qui a placé le pouvoir tout neuf au lendemain de l'indépendance entre de mauvaises mains ? Une autre facette de notre aliennation culturelle ? Un vice inhérent à notre culture comme le diront les plus cyniques ? Un retard de nos sociétés dans la construction d'entités nationales ?
Franchement, je ne sais pas. Et vous?
*"La voie publique appartient au roi/ à l'etat". Réponse classique du Dakarois a qui ont reproche de maltraiter cette voie publique. Sous entendu elle n'est à perosnne.
**loumo: marchés ruraux souvent hébdomadaires. Vielle tradition recemment découverte par les officionados des NTIC qui ont inventé le concept Cyber Louma qui ne cessera jamais de m'amuser
Commentaires
Ermo a dit…
tiens, voilà une question plutôt intéressante ! le genre de question qui n'ont aucune réponse, ou au contraire trop de réponses différentes...
A mon humble avis, la notion de bien public est loin d'être évidente, même dans les pays supposés démocratiques depuis longtemps. Par exemple, la Sécurité Sociale en France, symbole d'une mise en commun de la richesse au service de la société dans son ensemble : les abus sont nombreux, fréquents et quasiment inévitables, puisqu'il est impossible de contrôler chaque individu... Et l'individu en général a une fâcheuse tendance à être plutôt égoïste.
En fait, quand on y regarde de près, je crois que le bien commun est une sorte d'idéal (d'illusion ?) démocratique. En pratique, les individus ne respectent le bien commun que dans la crainte de la répression (c'est clair pour ce qui concerne la circulation en France !), ou au mieux parce qu'il s'agit d'une tradition installée depuis longtemps qu'il serait mal vu de remettre en cause.
Comme en plus la gestion du pouvoir autocratique dans les jeunes pays comme le Sénégal arrangeait pas mal de monde (certains intérêts français notamment), ça ne semble pas très étonnant que la démocratie et le bien commun n'y soient pas encore très développés... J'ai l'impression que ce sont des choses qui mettent très longtemps à se construire, qui restent toujours fragiles, et peuvent être rapidement détruites d'ailleurs.
c'set un problème (et même LE problème !) politique, certainement pas culturel.
lundi, août 28, 2006 11:02:00 AM
Doomu Rewmi a dit…
Oui on y arrive toujours : finalement le seul dépositaire de l'intéret général, le seul dont l'action est motivée par l'intéret général et la gestion de la chose publique dans l'interet de tous , c'est l'etat. Mais un état idéal.
Lui seul peut sur chaque sujet avoir la vision globale nécessaire et choisir les actions idoines. Il posera au individus un cadre d'action les contraignants ou les encourageant à agir dans l'interet général.
(Remarque, dans mes grands jours, j'ai tendance a refuser cette approche individualiste, et rêve d'individus portant en eux la conscience de la collectivité. )
En pratique, l'etat étant incarné et/ou controlé par des acteurs politique, la question revient à la volonté de ces derniers de prendre en charge l'intéret général. Idealement les mécanismes démocratiques les y pousseraient. En pratique, la motivations des politiques resulte d'un rapport de force entre tous les acteurs dont les intérets sont en jeux.
Chez nous, il est clair que les intérets de certains acteurs économique français ont jusqu'a présent dominé ce rapport de force.
Mais pas seulement ceux là. Nos politiques, une fois au pouvoir, découvrent, parfois avec surprise je crois, la nécessisté de se plier devant la force du duo FMI, Banque Mondiale, qui lui n'a pas d'interet financier direct dans l'affaire mais véhicule des convictions quasi idéologiques qui en font de véritable freins à toute stratégie de developpement humain.
Cela pourrait hélai durer encore longtemps...
mardi, août 29, 2006 2:41:00 AM
Bintou a dit…
si , si, ce respect, cette cordialité ou encore ce civisme accentué n'est que la résultat du spectre de la répression.
mais finalement peu importe le pourquoi. Parce que c'est pour la postérité, la répression des adultes conjuguée à l'éducation des jeunes fera foi.
j'ai peur de paraitre bien simpliste mais à la plupart de tes questions, je répondrai par la politique du baton.
mardi, août 29, 2006 11:32:00 PM
Doomu Rewmi a dit…
Tu ne crois pas en l'Homme ? Ou au Sénégalais ?
mercredi, août 30, 2006 12:24:00 AM