Le ciel était nuageux comme toujours en cette période estivale mais n’avait pas l’air particulièrement menaçant. Dakar n’avait pas encore connu de véritable pluie cet hivernage et considérant les risques d’inondations et de report des élections que le moindre orage nous fait courir, personne ne se plaignait vraiment de ce retard.

Mais ce matin « la pluie vint […] soudaine et formidable».

La lumière du jour a baissé rapidement comme si un crépuscule précipité tombait sur Dakar. Puis il y a eu cette odeur délicieuse de terre mouillée. L’enfant que je suis resté est allé à la fenêtre humer ce parfum et guetter les éclairs.

Mais ce matin, la pluie se voulait « soudaine et formidable »

Oui, elle n’avait pas de temps à perdre en préliminaires spectaculaires. Elle s’est abattue, rideau dense et presque opaque sur le paysage, puis, comme un amant égoïste, elle s’est déversée rapidement et abondamment avant de s’assoupir en essayant quelques grondements sans conviction à la fin comme pour se rattraper.

Pourtant, pour Dakar, mal préparée, cette pluie restera «formidable ».

Oui, cette pluie aura de formidables conséquences.

On verra de grandes avenues dakaroises devenir tout à coup de grandes rivières, charriant les eaux noirâtres que les égouts n’auront su absorber. Les voitures s'aventureront avec prudence aux abords de ces nouveaux fleuves, y tremperont des roues hésitantes comme un baigneur frileux au bord de la mer, cherchant à deviner la profondeur du gué et essayant d'ignorer que quelques mètres devant elles, d'autres ont déjà échoué.

La circulation automobile devenue tout à coup chaotique, les dakarois, chauffards en temps normal, entreront dans une compétition encore plus sauvage, montant sur les trottoirs, éclaboussant les passants avec une joie féroce, s'essayant à de nouveaux itinéraires, ...

Des piétons courageux ou contraint tenteront de traverser à gué ces torrents d’un jour, pantalon ou pagne retroussé jusqu’au genou, ... Les jeunes du vieux quartier de la Médina, essaieront de gagner quelques pièces à pousser un vielle Renault hors de l’eau, ….

Oui ce sera à nouveau le visage hivernal de Dakar, répété chaque année, décrié chaque fois par des dakarois qui se demanderont encore pourquoi c’est ainsi chaque année, pourquoi les autorités …, pourquoi…

Je ne vais même pas m'épancher ici sur une réponse élaborée à ce pourquoi : la première autorité administrative de l'histoire s'est probablement constituée pour régler un problème d'hygiène et de voirie. Que la notre n'y arrive pas encore ou plus du tout est une éternelle source de rage et et de désespoir...