Vous en Europe, là bas.... Allumez votre téléviseur et regardez un Journal complet. A tous les coups le chômage s'invitera dans votre salon : on lui prendra ses mensurations ("... le chômage passe sous la barre de 12 % de la population active. Le Premier ministre se félicite..."), on lui cherchera des raison d'être ("... le chômage existe pour permettre aux patrons....") on lui trouvera des relations sulfureuses ("...le leader du parti nationaliste maintient qu'il existe un lien entre le chômage et l'immigration ..."), on lui prédira un avenir radieux ("... si la France ne mène pas les réformes nécessaires, le chômage a de beaux jours...") ou alors une mort certaine ("... le candidat de la gauche veut mettre fin au chômage...").

Hors de la télé, vous rencontrez le chômage dans votre quotidien, déjà dans le métro où le mendiant vous raconte sa vie avec lui (" ... messieurs esdames, je suis au chômage depuis quatre ans... une petite pièce..."), au bureau où son spectre menaçant vous hante ("... je te jure, si j'accepte pas ce que le chef dit, je risque le chômage moi, ...."). Il est au coeur des préoccupations des experts qui se penchent sur son cas, l'étudient, l'analysent avec brio parfois...

Ah et puis il a plusieurs visages. Il y a le Chômage des Jeunes qui frappe traîtreusement les forces vives et les laisse sans RMI ni ASSEDIC. Il y a le Chômage Longue Durée qui devient plus coriace au fil des années et laisse peu d'espoir à ces victimes. Il y a le Chômage des Seniors (ah les Seniors... plus de vieux maintenant) qui est cruel et n'a aucun respect pour l'age. Il y a le Chômage des Diplômés, qui surprend tout le monde en s'attaquant aux grosses têtes. Il y le Chômage des Banlieues, qui refuse de voir les choses en "faciès". Il y a le Chômage Qui Ne Dit Pas Son Nom qui perturbe les statistiques et que les gouvernants ne veulent pas voir en peinture (ou en tableau).

Oui vous avez compris... le chômage est présent partout, au coeur du débat politique et social.

Ceux qui sont au Sénégal ont déjà deviné le sens de mon propos.

Le chômage ? Ici ? Rarement entendu parler.

Pas au 20 h de la RTS, pas sur les "xibaar" de Walf FM, pas à la une du "Sud Quotidien"... la presse n'a pas l'air de connaître ce mystérieux bonhomme. Ou alors elle ne l'aime pas trop. En tout cas, il est rare de rencontrer le chômage au détour d'un article ou d'un édito. Ses mesures qui font les gorges chaudes ailleurs n'intéressent apparemment personne.

Pas de chômage non plus dans l'arène politique. Ou bien … ah … si attendez... je crois me souvenir d'une promesse de campagne en 2000... Ou avant cela encore, la terrible époque du chômage des maîtrisards que le régime de Diouf essaya d'éradiquer en les transformant en Boulangers....

Non sérieusement, le chômage par ici on ne connaît pas trop. Du moins pas en tant que phénomène faisant l'objet d'un traitement particulier.

Pourquoi donc ?

Regardons les chiffres : 48 % de la population active est au chômage (d'après la banque mondiale, le MEF français annonce 40 %).

Je ne sais pas trop comment ce chiffre est obtenu par nos amis de la Banque Mondiale (est ce qu'il comptent comme 0.75 chômeur mon cousin paysan qui ne travaille que les trois mois de l'hivernage ?) mais il apparait énorme comparé aux 10 à 12% qui traumatisent la France.

Comment se fait il qu'avec des taux pareils on ne parle jamais du chômage ?

Eh bien a regarder le Journal Télévisé au Sénégal on sait facilement pourquoi. Ici, l'hôte obligé de votre JT, celui dont on cherche à connaitre les mesures, celui dont on trouve tous les jours la raison d'etre et auquel on promet une mort prochaine, c'est le sous-developpement.

Aah... hideux monstre que celui ci. A lui tout seul, le sous-developpement contient non seulement le chômage, mais l'analphabestisme, la pauvreté, la malnutrition, la mortalité infantile, la corruption, les risques de guerre civile ou pas, .....

On ne parle pas de chômage au Sénégal.

Cela supposerait l'existence d'un marché de l'emploi qui absorbe presque toute la population active : le chômage c'est les restes!

Cela supposerait une économie plus active avec de multiples secteurs où foisonnent les entrepsies suceptible d'employer.

Cela supposerait une économie plus formelle dans laquelle on sait compter l'emploi.

Cela supposerait tellement de choses qui marchent plus ou moins pour qu'on puisse se pencher sur un détail comme le chômage ...

Non... on n'a pas de chomage au Sénégal. On n'est pas encore assez developpé pour ça ...