Les pirogues de l'infamie 1 : Honte à nous!
Par Doomu Rewmi le lundi 7 août 2006, 17:45 - Chroniques d'une société dérèglée - Lien permanent
Imaginez un père de famille, son foyer, sa famille, ses enfants, quelque
part…..
Imaginez sa maison parmi d’autres, entourée de hauts murs protégés par des
barbelés.
Imaginez que chaque matin, des enfants de cette maison, après de longues heures
de préparation, tentent, avec détermination mais hélas avec des outils
rudimentaires, de franchir le mur pour se réfugier dans une des maisons
voisines.
Imaginez que chaque matin, quelques enfants meurent ainsi, victimes des
barbélés empoisonnés ou d’une chute mortelle. Imaginez que chaque jour, les
enfants, voyant pourtant les dépouilles de leurs ainées pendues aux barbelés,
se lancent quand même à l’assaut du mur.
Imaginez qu’ils répondent à ceux qui leur demandent « Pourquoi ? » , qu’ils ne
voit pas d’autre issue pour échapper à l’enfer de cette maison.
Que diriez vous à ce père de famille ?
Loothio yi.
C’est le nom désormais associé au drame humain qui se joue entre mon pays et l’Europe, quelque part sur l’océan et que Awadi et compagnie décrivent si bien. Je ne sais pas encore d’où vient ce mot wolof utilisé ces jours ci à Dakar pour désigner ces pirogues de l’ultime désillusion, qui emportent de jeunes Sénégalais vers la mort ou les côtes de l’Espagne. Vers Barça ou Barzakh comme le titrait récemment le quotidien de l’état, le Soleil, sans oser aller jusqu’au bout dans l’analyse de ce drame.
Reprenons.
Dans ce beau pays qu’est le mien, Sénégal, Sunugal (notre pirogue en wolof, l’ironie de ce surnom est terrible dans ce contexte), une partie de la jeunesse trouve l’alternative des pirogues de la mort plus attrayante que tout ce que peut leur offrir le pays.
Répetons.
La jeunesse sénégalaise, se trouve en partie dans un tel état de désespoir, qu’elle voit dans la tentative suicidaire de quitter le pays une voie plus acceptable que d’y rester.
Je pense que devant un tel constat, chacun de nos dirigeants ou de nos soi-disantes élites, toutes personne qui se trouve ou s’est jamais trouvé en charge d’une partie quelconque de la gestion de pays, devrait prendre conscience de sa responsabilité dans cette tragédie.
Messieurs et mesdames les gouvernants sénégalais, ceci est votre échec.
Messieurs et mesdames les politiciens sénégalais, ceci est votre échec.
Messieurs et mesdames les fonctionnaires de la Banque Mondiale et du FMI qui nous aviez promis le developpement, ceci est votre echec.
Ô Elites du Pays, Ô dirigeants d’hier et d’aujourd’hui, Honte à vous !
Honte à toi, Ô Léopold, Poète célébré, Père de la Négritude, pointilleux bâtisseur d’une véritable Administration Sénégalaise. Oui honte à toi, Ô Sedar, tes vingt ans de règne et ta belle Administration n'ont pas su offrir meilleur espoir aux enfants du pays !
Honte à toi, Abdou, Grand parmi les grands, nourri depuis toujours au sein du pouvoir, gardien vanté de la constitution. Oui honte à toi, Ô Père de la Nation (disais tu), tes vingt ans de règne, tes ajustements structurels et ta force tranquille n’auront pas su offrir à tes "enfants " un pays vivable.
Honte à toi, Abdoulaye, père de l’alternance, porteur du flambeau du changement, homme providence pour pays en mal de développement. Oui honte à toi, Ô Gorgui, ton alternance, tes cinq ans de règne, ton émergence, ta croissance accélérée, oui tout ceci, n’a pas donné meilleur espoir à la jeunesse qui t’a élue.
Honte à vous dirigeants de mon pays, honte à vous élites vautrées dans votre luxe insolent et vos véhicules 4x4 rutilants, pendant que vous arpentez les aéroports de l’occident, les enfants de la maison Sénégal, se jettent dans les bras de la mort pour fuir l’enfer que vous leur construisez.
Honte à vous autres, intellos auto-proclamés ou réels de ce pays, cette tragédie est aussi l'echec de votre engagement.
Honte à nous, Sénégalais, d'ici ou d'ailleurs, qui regardont passif sur les écrans à plasma de nos salons cossus ou sur la vieille télé de notre baraque en ruines, les fils du Sénégal s'échouer sur les plages d'Espagne parce que nous, citoyens silencieux, avons laissé faire.
Combien de temps durera cette honte ?
Commentaires
Anonyme a dit…
Bonjour, mon frère africain de coeur.
Je suis Algerien,mais à la lecture de ton texte, j'ai honte pour moi, pour mon pays et mon continent.Ce sont des larmes de sang que l'on doit verser, à la perte de tous nos frères,engloutis, à quelques encablures de la terre promise,victimes de la misère globale engendrée par nos tyrans cupides et corompus.Tout peuple a les dirigeants qu'il merite mais il y'a des limites à l'infamie!!Merci d'avoir ecris ce texte.
jeudi, février 22, 2007 3:41:00 AM