Les Pirogues de l’infamie 2 : L'emigration clandestine, un simple symptôme
Par Doomu Rewmi le mercredi 9 août 2006, 17:52 - Chroniques d'une société dérèglée - Lien permanent
Pour revenir avec moins d’émotion peut être (à part
l’affection immense que j’ai pour toi, oui, Ô lecteur) sur cette « affaire »
des nouveaux boat people de notre ère, je prendrais mon temps (oui, et le tien,
cher lecteur) et plusieurs posts.
Je commencerais aujourd’hui par une tentative de décrypter plus posément le
phénomène en évitant si possible de me retrouver à crier des accusations devant
le tribunal de l’Histoire, bave au lèvres, les yeux rougis par la colère et le
corps tremblant de la révolte de tous les opprimés du monde, criant des « Honte
à vous ! » et « Pendez les tous »
OK, essayons...
Pour revenir avec moins d’émotion peut être (à part l’affection immense que j’ai pour toi, oui, Ô lecteur) sur cette « affaire » des nouveaux boat people de notre ère, je prendrais mon temps (oui, et le tien, cher lecteur) et plusieurs posts.
Je commencerais aujourd’hui par une tentative de décrypter plus posément le phénomène en évitant si possible de me retrouver à crier des accusations devant le tribunal de l’Histoire, bave au lèvres, les yeux rougis par la colère et le corps tremblant de la révolte de tous les opprimés du monde, criant des « Honte à vous ! » et « Pendez les tous »
OK, essayons.
Il y a d’un coté, un pays le Sénégal, qu’on définira rapidement comme sous développé (les adeptes de l’émergence imminente du pays devront me pardonner) et un autre, européen, tel que la France, qu’on dira développé (là, ce sont les déclinistes parmi l’intelligentsia française qui vont me lyncher).
Une grande partie de jeunes hommes et femmes du Sénégal sont apparemment prêt à des tentatives suicidaires pour sortir du Sénégal et atteindre la France, sans autre but que d’y être . Et ensuite ? Ensuite, on verra, ça ira mieux…. Ceci, alors que le Sénégal n’est ni en guerre, ni dans une situation de catastrophe humanitaire quelconque.
Pire, même après avoir vécu l’enfer dans leur tentatives, ils sont prêt à recommencer.
Encore plus grave, ils vont souvent travailler et économiser avec acharnement pour réunir la somme nécessaire pour payer le passage, somme qui semble en théorie suffisante pour s’investir dans quelque chose de viable au Sénégal.
Pourquoi donc ?
Interrogés, ils répondront, qu’ils ne voient que cette voix comme issue à leurs aspirations à « réussir ».
Pour moi, cela veut dire plusieurs choses :
- ils ont une certaine notion de ce que c’est « réussir ».
Bref « réussir » c’est devenir riche et vite.
- ils ne trouvent pas sur place d’autres solutions pour devenir riche et vite.
Mais certains pays comme les USA à défaut d’offrir cette opportunité à tous, donnent quand même à chacun l’impression qu’il pourrait être dans le happy few qui y arrivera. Cela s’appelle « le rêve américain » et c’est bien sur une illusion, mais une illusion utile à la cohésion sociale et à l’adhésion de tous au système. Pour qui vit au Sénégal, de quel ascenseur social peut-on rêver ? Depuis longtemps, l’Ecole, voix reine au lendemain de l’indépendance, semble avoir perdu cette fonction au profit de l’aventure de l’émigration et la politique.
- ils n’ont pas d’alternatives intermédiaires entre « réussir et échouer»
En fait on revient ici au classique problème d’une société divisée en très riches et en très pauvres avec très peu de classes intermédiaires. Une alternative qui offrirait au jeune sénégalais la perspective d’une vie pas fabuleuse mais correcte, sans 4x4 rutilants mais avec la satisfaction des besoin de base, une vie sans glamour mais sans problèmes non plus, un métier simplement et l’assurance de la dignité garantie au bout d’un honnête effort, une alternative pareille, rendrait la voix de l’exil moins tentante au vue des risques encourus.
Bref, les pirogues qui dérivent aujourd’hui sur l’atlantique avec leur cargaison de malheur ne sont que le symptôme récent et tragique d’un mal plus profond et depuis longtemps installé : la dérive de la Pirogue Sunugal, le sous développepement.
En effet Il y a derrière le désespoir qui pousse ces jeunes à ce terrible choix des problèmes structurels d’un pays sous développé :
- une majorité de jeunes au chômage,
- des fortes inégalités avec une population largement pauvre à cote d’une minorité à la richesse exubérante,
- un modèle social en panne qui donne l’impression d’un horizon bouché.
C’est parce que ces problèmes sont bel et bien le résultat d’une gouvernance politique et sociale malheureuse que je me suis retrouver à accuser nos dirigeants d’hier au d’aujourd’hui de ce terrible fléau.
Je devrais pour être juste accuser tous les dirigeants du monde, car le sous développement et la misère d’aujourd’hui au Sénégal existent dans un contexte global et historique plus large.
Oui, pour vraiment mettre fin à la tragédie de cette jeunesse se jetant avec désespoir dans les bras de la mort, il faudrait changer le monde.
Rien que ça….
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