Baptêmes, mariages ou simplement un des ces « tours », Il faut les voir s’y pavaner reines de beauté, conscientes de leur majesté et réclamant notre révérence.

Elles sont belles avec leur bijoux, , chacune arborant une parure originale, souvent unique, travail d’orfèvre réalisé pour elle seule et dont l’éclat vient épouser celui de son sourire et briller avec le feu de son regard.

Elles sont belles dans leurs tenues.... ah leur tenues !,
  • des classiques boubous « thioups » à la teinture de plus en plus élaborée qui ose et marie les couleurs chatoyantes pour faire de nos dames des orchidées en fleurs,
  • des ensembles, tailles-basses, marinières disait-on jadis (où est passé ce mot ?), un pagne parfois, aux pans brodés de motifs sophistiqués, ou, comme souvent maintenant, une jupe, droite, papillon, longue, évasée, bref… du tout, selon l’inspiration des ces dames,
  • des robes de soirées, créations uniques de plus en plus imaginatives qu’elles ont souvent dessinées elles mêmes avec le couturier du quartier, inspirées c'est vrai d’une page de magazine, mais revues au parfum de leurs rêves et des talents du couturier,
  • des abbaayas qui couvrent mêmes les plus orthodoxes d’entre elles, celles qui ont choisi le voile, mais avec soin, car ce voile est doré, découpé et replié avec art pour ne couvrir ce qu’il prétend cacher que par de beaux plis et de jolis moirés.
Oui leurs tenues sont des merveilles d’imagination.

Elles osent et assument dans leur grâce couleurs et formes et c’est un festival pour le spectateur que je suis souvent.

J’aurais pu m’en tenir là et ne jamais m’ennuyer dans ces fêtes et vous auriez y droit, chers lecteurs à ces seuls paragraphes au lyrisme douteux mais à l’admiration sincère.

Mais non….

Non évidemment, j’ai trouvé matière à penser et à me faire des nœuds dans la partie de ma cervelle épargnée par la béatitude d’être si bien entouré.

Je me disais que la beauté étalée ici était le résultat d’une imagination féconde certes mais aussi du travail besogneux de tous ces couturiers des quartiers, "tailleurs", comme on les appelle au Sénégal.

La richesse, la diversité et l’originalité affichée dans les tenues comme dans les bijoux semblent à l’apprenti technocrate que je suis un réservoir inexploré pour le pays.

La tentation est facile en effet de se prendre à rêver d’une filière développée professionnalisée, industrialisée pour habiller et parer des femmes de partout avec le label Sénégalais.

Un rêve technocratique prend vite forme dans lequel on voit l'Etat qui instaure ce label, en fait la promotion, fixe des exigences de qualité et de finition pour aller avec, le tout avec un accompagnement des artisans créateurs désormais professionalisés avec une formation exigeante et diplomante. Mieux, toujours dans le délire technocratique, on voit des entrepreneurs audacieux, investir pour regrouper des foules d'artisans, sous une enseigne commune, et produire de manière industrielle ces belles coutures : on n'irait plus dans un miteux atelier de quartier mais dans une boutique spacieuse du centre commercial voisin, discuter avec un conseiller styliste (un commercial), se choisir son modèle, selectionner son tissu et se faire livrer le lendemain.

Stop!

Oui vous pouvez crier stop.

Car ce qui a commencé en rêve devient vite un cauchemar. Morts les ateliers de quartier : bienvenue dans l'univers consumériste du centre commercial. Finies les séances de création entre la cliente habituée et son couturier artisan feuilletant le magazine : voila la beauté standardisée et les quelques modèles par saison. Finie l'indépendance de l'artisan : bonjour le travail à la tache où le forçat se détruit la santé pour enrichir la boite. En quelque temps ces qualités même qui avait fait rever l'apprenti technocrate sont noyés dans les exigences du business.

Voilà où je finis mon verrre de jus de bouye* et revient à la fête autour de moi. J'ouvre de grands yeux et me delecte du spectacle. On ne sait jamais. Autant en profiter pendant que c'est encore la, authentique et sublime.

*bouye : fruit du baobab, pain de singe.