Poussés comme tous à l'exode vers la ville par la sinistrose qui tue le mode de vie pastoral, ils tentent de nouveaux métiers.

Poussé aussi un peu en dernière extrémité par la perspective de très prochaine de son mariage, l'un d'entre eux à découvert les chinois avec, permettez la comparaison douteuse, le même engouement que les traders et autres intoxiqués de la City il y a quelques années (vous vous souvenez ? Le marché chinois, on le découvrait comme nouvel eldorado).

La combine de mon cousin est hélas plus prosaique. Elle commence dans la boutique chinoise sur l'Avenue Charles de Gaule .... (oui les chinois ont porté l'assaut sur notre marché et pris la plus belle, la mieux placée de nos avenues, celle la même où le président se promène chaque 4 Avril pasant sous chaque fenêtre et ils en ont fait un vaste bazar).

Là bas donc, il rejoint une nuée de jeunes hommes souvent issus comme lui de l'exode rural, et il se jettent sur les articles qui y sont vendus en gros: des chaussures pour femmes à moins de 1000 F , des bibelots et decorations, des bijoux de pacotille, divers articles de cosmétiques et même, (et là j'avoue mon admiration), des posters de nos célèbres marabouts fabriqués en chine en quantité industrielle (les posters, pas les marabout!).

Oh, il n'ont pas un gros capital, mon cousin et ses camarades, et, réduits à acheter un seul article, il devra déployer un grand flair pour choisir celui qui marchera et en prendre un unique carton.

Ainsi doté, sac en bandoulière, marchandise achalandée sur les bras et les épaules, mon jeune et brave cousin parcourt les rues de Dakar, à la recherche d'une clientèle friande de prix pas cher (au grand desespoir de l'unacois).

Le soir venu, mon cousin, mon pauvre cousin, terriblement fatigué par cette découverte à marche forcée de Dakar et banlieue (il a marché de la Medina aux Parcelles, et retour) va s'effondrer dans la chambre qu'il partage avec cinq autres et compter avec excitation son bénéfice : bien plus qu'une journée de manoeuvre dans un chantier du Bâtiment. Deux fois plus.

Il est entoushiaste. Demain il prendra des posters plutot que des chaussures, ou alors il évitera le quartier de Point E aux portes souvent closes pour faire Sicap Rue 10, il ne rentrera pas manger et pourra vendre plus longtemps, ... bref demain il pense faire beaucoup plus.

Il se trompe bien sur.

Démain il découvrira que, leur métier tué par ces chaussures à jeter qu'il vendait hier, la cohorte des cordonniers desoeuvrés est venue durcir la concurrence dans les rangs des petits vendeurs ambulants reduisant les marges.

Demain, il découvrira que les sénégalaises parées de ses biijoux de pacotilles on deserté la bijouterie de quartier et jeté dans la rue des jeunes ex futur orfèvres qui viendront grossir la nuée de ses camarades revendeurs.

Demain il subira sans en comprendre le pourquoi, les conséquences sur le pays, de cette mondialisation à sens unique, qui lui rendra la vie plus chère.

Demain, il découvrira qu' une fois le circuit des grossistes pris, ses fournisseurs s'etendront dans la distribution de proximité et ouvriront leur boutique à Sicap Rue 10 ou à Grnad Dakar, le privant du marché qu'il avait dans ces quartiers là.

Demain, il découvrira surtout, au moment de chercher une nouvelle activité, que arpenter les rues de Dakar, n'est pas un métier à valeur ajouté où on accumule un savoir faire précieux aussi bien pour le pays que pour lui même.

En fait il va faire les mêmes découvertes que les responsables européens et américains qui après vingt ans de délocalisations vers la Chine et autre pays à mains d'oeuvre pas cher, à se frotter les mains sur leur gain en compétitivité, se reveillent peut etre avec la gueule de bois nommée chomage de masse et tensions sociales, nommés balance commeriale déficitaire, nommée "OPA hostile sur les fleurons de notre industrie" (ha! ha! ha!)

Mais voila, en attendant, mon cousin finance son mariage et se rêve riche commerçant.

Que vais je lui dire moi aujourd'hui, lui qui, brave parmi mes cousins, a découvert la Chine ?