De Birago à Henriette, la belle plume de l'improviste....
Par Doomu Rewmi le mercredi 3 mai 2006, 23:33 - Notes Littéraires - Lien permanent
C'est Birago Diop qui signait jadis du pseudo "Alain Provist" ses articles pour un public français peut être pas pret à accueillir alors l'auteur nègre. Le mot "improviste" évoque toujours ce nom là pour moi, cette superbe plume, ce grand conteur.
A l'improviste tombent les chroniques signées de Henriette Niang Kande dans le Sud Quotidien et la plume est aussi superbe que le propos est percutant. Je regrette souvent que ses billets ne soient pas quotidiens mais de telles perles ne peuvent s'écrire que sous le coup de l'inspiration. (Et Die Maty Fall fournit chaque jour une chronique moins lyrique mais d'une pertinence dans l'analyse peu égalée dans la presse nationale.) Cependant dès fois l'événement force l'inspiration et j'étais presque sur de voir poindre le bout de la plume d'Henriette ce matin après le spectacle offert ce week end par les préparatif de l'OCI.
Voici (reproduit au bas de ce billet, parce que le site de Sud ne donne pas de lien permanent) la Chronique de l'Improviste de ce matin et elle lui donne l'occasion d'etre aussi élégante dans le verbe qu'elle est ... incisive dans le propos.
« Ils ne savent pas ce qu'il font » conclut magnanime, la dame du Sud, requerrant la clémence divine pour le spectacle qu'elle juge pourtant sans complaisance.
Voici donc le billet de la dame ....
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CHRONIQUE DE L’IMPROVISTE
Au nom du Père, du Fils, de la Mère,
Ou la légende de « Kor Marie »
Un enfant, pour son père, est à la fois le prolongement d’un amour et d’une « éternité », par la transmission des gènes paternels, propriété inaliénable, dépositaire de ses particularités physiques, de ses traits, de son caractère, de son potentiel intellectuel ( ?) et de tout ce qui lui est authentique. Une mère donne un corps charnel à son fils. Un père lui, montre l’exemple, donne l’éducation et …les clefs du monde présidentiel, surtout si le « fils a bien travaillé » et que sa maman « délivre » un message à la Nation, en sa « qualité de Première Dame », titre honni, il y a six ans, mais qui résonne comme une douce mélodie, aujourd’hui.
Nombreux sont ceux, qui en Afrique et dans le monde, ont salué, bien bas, il y a un peu plus de six ans, la maturité du peuple sénégalais et son système démocratique. Le temps a passé et beaucoup s’esclaffent en racontant combien notre République a minaudé, s’est ébaudie, s’est trémoussée, puis s’est offerte avec un enthousiasme enfantin. Aujourd’hui, cette République se pose des questions, sur celui qui lui a fait les yeux doux pendant vingt-six ans, arrivé sur un superbe destrier blanc. Dépitée, elle se dit qu’elle avait peut-être fini par se jeter dans les bras de son soupirant d’alors, compatissant sûrement à son statut d’éternel looser.
L’altérité, connais pas, quand l’Autre n’est rien. Pas d’alter ego, car l’ego surdimensionné ne saurait souffrir un « nawlé », un pair. Alors, faut-il aller le chercher dans sa chair, la reproduction de son autre soi-même, la confirmation de son « Incomparabilité ». Incompatibilité ? L’Unique, l’Incomparable, l’Inégalable sont des attributs divins. Pourquoi ce qui vaut pour le Dieu céleste ne le serait-il pas pour le Dieu sur terre ? D’autant que le Saint-Esprit a « béni » la Mère qui a été si méritante qu’elle a reçu en récompense un enfant prodigue et prodige. « On vient d’introniser le Prince héritier », s’est enthousiasmé un ardent défenseur de la cause familiale au sortir du millenium Family show. Qui dit mieux ? Un conseil de régence se met en place dans une ambiance digne d’un « making of » d’une « réality show ». Prélude d’une engeance dynastique ou communion de confirmation ? Voire !
Du coup, cette République est devenue comme une personne bien malheureuse, avec la gueule de bois. A certains qui l'observent, du dedans comme du dehors, le pays semble habité par le doute, rongé par l'inquiétude, déçu et exaspéré par-dessous tout, par un pouvoir politique imperméable au raisonnement et sourd à la dialectique. Le résultat obtenu de ce fait est que du compte à rebours au règlement de comptes, il n’y a qu’un pas, que quelques-uns s’obstinent à franchir allègrement, même en période de répit. On appelle au dialogue, mais on se calfeutre dans ses tranchées. On appelle au mariage et au divorce en même temps. Quand la psychose atteint ce seuil, c’est que quelque chose, quelque part, est en train de mal tourner. Quand ça tourne mal, c’est que quelqu’un amorce un mauvais virage. Et quand on s’engage dans un mauvais virage, c’est que le compte à rebours a bien commencé.
Ouvrir la bouche devient synonyme de « dangerosité ». Or, la liberté d’opinion est la base séduisante de toute démocratie, lorsqu’elle est fidèle à ses atours, pour une harmonie collective. Pour être respecté, il faut être respectable et lorsqu’on a quelque fonction élective ou une once de pouvoir, il convient de donner l’exemple. Par la parole et par les actes. Or, à trop utiliser des peurs mal contrôlées, à surenchérir avec aveuglement, à se croire indomptable et au-dessus de tout, à jouer avec le feu, la machine se grippe. Car qui trop embrase, mal éteint.
Peut-être qu’ils ont comme dessein de nous maintenir en enfance, pour être sûrs d’assurer leurs fortunes, leurs pouvoirs, leurs (fausses) gloires. Que ne ferait-on pas pour pérenniser ces trois « avantages » ? Car pour beaucoup, les baskets avachis ont laissé la place aux jolis souliers. Leur citrouille est devenue carrosse et ils ont très vite compris que s’il n’est pas facile de faire partie des mondanités, c’est une tragédie de ne plus en faire partie
Pour d’autres, ce n’est qu’un compte de faits. Pas seulement un conte de fée. La pauvreté et la précarité s’installent, tranquillement, dans notre pays et prennent un nouveau visage dans la pénombre. La crise grossit l'exode des plus vaillants, qui n'hésitent pas à braver le désert, les passeurs, les grilles de Ceuta et Mellila et les mers, pour tenter de gagner les côtes de l’Europe à bord de d’embarcations de fortune. Poussés par, la précarité de la vie quotidienne et l'absence de perspectives. Je ne sais pas combien de temps durera notre Moyen-Âge économique, mais il a déjà commencé. En tous cas, en Europe, le Moyen-Âge, qui s’est étendu sur cinq siècles l’a plongée dans une situation largement inférieure à celle qu’elle avait connue mille ans plus tôt, au temps de la domination romaine.
C’est dans cette atmosphère que la République, qui s’éclaire à la bougie, adopte systématiquement la gestuelle de la génuflexion permanente devant la Constante, raide comme la justice et qui est entré brusquement dans une brûlante guerre froide avec une presse « qui ne publie pas de droit de réponse », s’extasie devant des tunnels, des échangeurs qui n’attendent que d’être construits, tournant autour d’ombres, de projets, de maquettes et d’écran géant installé sur une « corniche qui sera la plus belle de l’Afrique de l’Ouest » , de débats inutiles et stériles, de préoccupations montées en épingle afin d’exacerber les passions et éviter la réflexion. Sur le site de la corniche, ils nous ont monté leur spectacle, fait leurs commentaires et nous demande de ne pas juger les acteurs d’un scénario qu’ils nous ont imposé.
Et le peuple ? Il sent dans sa chair, du moins, instinctivement, tous les mauvais ferments qui s’accumulent. Il joint les mains, et prie le ciel. Qu’il nous donne une pâte à modeler un Sénégal meilleur, une ardoise magique pour effacer les dettes contractées en son nom et pour son bien-être, des gaz hilarants, du fuel pour nous éclairer et… une grande librairie où se vendrait comme de petits pains « Recettes contre l’arrogance et l’intolérance ».
Mais dites-moi, qui dira à la maman de Abdoulaye Baldé, que « son fils a [lui aussi] bien travaillé ? »Décidément « Kor Marie » n’est pas compatible avec « Kor Fatou ». Dieu du ciel, pardonnez-leur, car « ils ne savent pas ce qu’ils font ».
Henriette Niang Kandé
Commentaires
Anonyme a dit…
Hum Hum et HUM
Je te découvre critique littéraire. Je te sais avec un esprit critique aigu et quelques fois un peu trop. Mais j'avoue que là, tu rajoutes une autre corde à ton arc qui, par ailleurs, commence à être chargé.
J'espère que d'autres n'avaient pas autant de plaisir à lire Gorgui Wade que moi j'ai par moment (pas toujours mbeulééé) à te lire.
Ne nous deviens pas un gorgui.
please.
Momm Moyy KENNAKI
vendredi, mai 05, 2006 3:04:00 PM
Doomu Rewmi a dit…
Encore un comparaison avec Gorgui et je fais un suicide virtuel et vous aurez mon sang electronique sur les mains ... non mais ...
:-)
vendredi, mai 05, 2006 5:22:00 PM
Anonyme a dit…
Non De grace, pardonnez le peu de cordes que j'ai à mon arc.
Un suicide Virtuel ne guerrirait point la grande wadignorance (*) que nous vivons. Please continuez de nous éclaire, Vous qui êtes notre Gorgui XP (par opposition à gorgui 3.11 hyper buggé).
Ou la la!!! je sens comme une odeur d'hématie binaire, ca doit etre l'aperçu de mon sang électronique qui a du mal à irriguer ce routeur central mal configuré qui me fait office de cerveau.
* un wadignorant: une personne Qui manque de savoir, de connaissance, de culture et dont le discours est une logorée cacophonique (rien que ça)
Ne nous deviens pas un gorgui.
please.
Momm Moyy KENNAKI
samedi, mai 06, 2006 3:58:00 PM
Doomu Rewmi a dit…
Ah un membre de la Wadacademie !
Je sais à quelle école de l'ironie tu as été pour me faire subir ta moquerie.
Merci de rajouter ta définition sur le forum là bas !
dimanche, mai 07, 2006 11:39:00 AM
Dialika a dit…
Merci de nous avoir fait lire cet article
WOW
mercredi, mai 10, 2006 3:44:00 AM
Doomu Rewmi a dit…
En fait c'est vraiement dommage qu'on ne puisse par retrouver les chroniques passées sur le site de Sud Quotidien (ils ne connaissent pas SPIP ?). Il y en a eu de belles...
jeudi, mai 11, 2006 12:54:00 AM