Apprentis(sages) 1 : Jeune paysan sénégalais, commence une vie de sage apprenti
Par Doomu Rewmi le mercredi 26 avril 2006, 12:40 - Chroniques d'une société dérèglée - Lien permanent
C’est la révolution dans la vie de mon petit cousin venu du village et désormais installé à Dakar : il va apprendre un métier.
En fait je devrais dire c’est la révolution dans la famille et dans le village
tout court. En effet, jusqu’à maintenant l’éducation et l’apprentissage des
enfants se faisaient uniquement sur deux fronts : celui de l’école coranique
traditionnelle et celui de l’apprentissage, sur le tas, aux travaux
paysans.
Ainsi grandissaient nos parents, la tête pleine de versets et de théologie, les bras vigoureux et rompus aux travaux des champs. Ceux qui étaient d’une grande foi, d’une grande vertu et, sans doute, d’un grand humanisme devenaient de saints hommes. Ceux qui avaient la force de caractère, le volonté et le courage dans l’effort, la détermination dans le travail, devenaient de grands producteurs agricoles. Certains, géniaux, avaient les deux et leur vie a marqué l’histoire de leur communauté.
Mais voila... mon village est plongé aujourd'hui dans un Sénégal moderne, celui de l’agriculture sinistrée où la filière arachidière finit de mourrir, celui où récolte d’un vaillant jeune homme ne le nourrit pas plus de six mois, celui où l’explosion démographique réduit les terres cultivables de chacun, celui où il faut en plus avoir de l’argent pour accéder aux biens de consommations (ah l’illusion de la consommation !!!), celui où il n’y a peut être plus de saints hommes mais une fonction de marabout devenue une industrie fructueuse monopolisée par ceux qui savent jouer sur les terrains médiatique et politique, …. Oui dans le Sénégal moderne….
Alors mon petit cousin avait le choix, avec son éducation traditionnelle (qu'il avait négligée), entre une vie d’apprenti-sage, vivant dans la sainteté et la pauvreté, où s’il a le talent nécessaire, une vie de star ecclésiastique, marabout riche et puissant. N’ayant ni la qualité requise pour le premier ni le talent pour le deuxième, il se rabat, sur l’insistance forte de son tuteur, sur une vie de sage apprenti. Il va apprendre un métier.
C’est l’histoire classique de beaucoup de jeunes hommes sénégalais du monde rural. Celle de la construction d’une vie, d’un foyer, d’un revenu dans un environnement qui a été bouleversé en une génération.
C’est l’histoire douloureuse de beaucoup de communautés et de villages du monde rural. Celle d’une société dont les bases fondementales telles que l’apprentissage des enfants sont remises en question par une évolution du monde rarement comprise et certainement incontrôlable malgré leurs tentatives parfois bien créatives.
C’est l’histoire dramatique d’un pays, d’une société navigant sur la barque à la dérive d’une modernité subie, et qui n’a pas pu ou n’a pas su ou n’a pas voulu s’arrêter un peu, le temps de réfléchir à une destination. Elle vogue perdue sur un océan ou de nouvelles tempêtes menacent.
Il y a une suite à cette histoire que je reviendrais sûrement vous raconter.
Ainsi grandissaient nos parents, la tête pleine de versets et de théologie, les bras vigoureux et rompus aux travaux des champs. Ceux qui étaient d’une grande foi, d’une grande vertu et, sans doute, d’un grand humanisme devenaient de saints hommes. Ceux qui avaient la force de caractère, le volonté et le courage dans l’effort, la détermination dans le travail, devenaient de grands producteurs agricoles. Certains, géniaux, avaient les deux et leur vie a marqué l’histoire de leur communauté.
Mais voila... mon village est plongé aujourd'hui dans un Sénégal moderne, celui de l’agriculture sinistrée où la filière arachidière finit de mourrir, celui où récolte d’un vaillant jeune homme ne le nourrit pas plus de six mois, celui où l’explosion démographique réduit les terres cultivables de chacun, celui où il faut en plus avoir de l’argent pour accéder aux biens de consommations (ah l’illusion de la consommation !!!), celui où il n’y a peut être plus de saints hommes mais une fonction de marabout devenue une industrie fructueuse monopolisée par ceux qui savent jouer sur les terrains médiatique et politique, …. Oui dans le Sénégal moderne….
Alors mon petit cousin avait le choix, avec son éducation traditionnelle (qu'il avait négligée), entre une vie d’apprenti-sage, vivant dans la sainteté et la pauvreté, où s’il a le talent nécessaire, une vie de star ecclésiastique, marabout riche et puissant. N’ayant ni la qualité requise pour le premier ni le talent pour le deuxième, il se rabat, sur l’insistance forte de son tuteur, sur une vie de sage apprenti. Il va apprendre un métier.
C’est l’histoire classique de beaucoup de jeunes hommes sénégalais du monde rural. Celle de la construction d’une vie, d’un foyer, d’un revenu dans un environnement qui a été bouleversé en une génération.
C’est l’histoire douloureuse de beaucoup de communautés et de villages du monde rural. Celle d’une société dont les bases fondementales telles que l’apprentissage des enfants sont remises en question par une évolution du monde rarement comprise et certainement incontrôlable malgré leurs tentatives parfois bien créatives.
C’est l’histoire dramatique d’un pays, d’une société navigant sur la barque à la dérive d’une modernité subie, et qui n’a pas pu ou n’a pas su ou n’a pas voulu s’arrêter un peu, le temps de réfléchir à une destination. Elle vogue perdue sur un océan ou de nouvelles tempêtes menacent.
Il y a une suite à cette histoire que je reviendrais sûrement vous raconter.
Commentaires
natty a dit…
Reviens vite !!!
:):)
mercredi, avril 26, 2006 8:01:00 PM
Momm Moyy KENNAKI a dit…
Encore un qui se prend pour "Wade en 1950", avec toutefois une différence de taille: il semble que tu as les pieds sur terre malgré que tu aies ta tete dans les nuages.
Ne nous deviens pas un gorgui.
please.
Momm Moyy KENNAKI
jeudi, avril 27, 2006 7:57:00 PM
Doomu Rewmi a dit…
Alors là je ne sais pas comme prendre le truc sur "Wade en 1950". D'abord je ne me prend pas un autre je t'assure : je pratique un culte poussé de ma propre personne et me suffit de la célébration de mon égo. Je croyais ma prétention et mon arrogance evidente. Je ferais un effort :).
Mais surtout je ne sais pas trop ce que c'était notre Wade national en 1950. Selon sa biographie officielle que tu peux trouver sur www.gouv.sn
reste etrangement silencieuse sur cette année. L'aurait-il passé a tenir en secret un blog (lui qui est si en avance a bien pu inventer l'Internet avant l'heure non?)
Allez si tu sais quelque chose qu'on ne sait pas, partage STP....
mardi, mai 02, 2006 1:08:00 AM