A coté du tapage médiatique pourtant, je constate autour de moi une réaction lasse et désabusée. Un « Ah… encore !» sans plus.

C’est qu’on désespère, de voir le problème de notre habitat urbain, notre cadre de vie, traité dans le fond

On se prendrait à rêver d’un autre cadre de vie loin de notre cauchemar quotidien...

Oh c'est vrai Dakar à ses attraits.

Pour le touriste Dakar évoque peut être les fleurs et les étals bigarrés du Marché Kermel, les statuettes du village artisanal, la complainte du talibé au feu rouge, l'insistance du vendeur de Ponty et s'il a plus de chance l'accueil chaleureux d'une quelconque famille sénégalaise.

Pour le fonctionnaire international en poste, où simplement le Dakarois très aisé, c'est le privilège de la maison avec vue sur mer, des bonnes tables du centre ville, de quelque club d'équitation, de tennis ou de voile. Il pourra se plaindre parfois de devoir traverser les embouteillages dans son 4x4 climatisé.

Pour mon cousin, débarqué du Saloum, Dakar est aussi un rêve, avec les journées de manœuvre à 3000 FCFA, les possibilités offertes par la revente dans les rues de pacotilles chinoises, les délicieux plats de Ceebu Jën qu'il peut trouver à la maison sans parler des match de la coupe d'Europe à la télé.

Pour l'immense majorité de nous autres Dakarois, c'est bien différent.

Pour nous, vivre à Dakar aujourd’hui c’est investir des années d’effort pour acquérir dans une de ces nouvelles cités qui poussent en banlieue une maison exiguë, la transformer sauvagement pour empiler les appartements mal conçus et les louer dans l’espoir d’un retraite dorée et finir par voir tout cela emporté par une inondation.

Vivre à Dakar, des palais hideux du quartier des Almadies aux maisons préfabriquées de Mbao, ce sont toujours les mêmes rues étroites mal tracées, sans bitume ni trottoir, sans égout ni drainage, sans éclairage public ni espaces communautaires. Sans verdure. Dans les quartiers populaires, on subira la cacophonie nocturne de jeunes désœuvrés qui n'ont aucune obligation de se réveiller le lendemain, et dont on ratera accessoirement les jolies chorégraphies


Vivre à Dakar, c’est devoir résoudre le casse tête du déplacement vers écoles et bureaux quand le moindre trajet est devenue une entreprise de longue haleine, détruisant des heures entières de vie familiale.

Dakar s'est développé vite ces vingt dernières années et dans cette course démographique, les autorités dépassés par les promoteurs immobiliers, parfois complices, ont peut être sacrifié notre carde de vie sur l'autel de la spéculation immobilière.

Devant nos quartiers je me prends à rêver d'un autre développement urbain qui rendrait vie aux quartiers en y recréant le cadre communautaire dont se souviennent nos aînés, qui offrirait à chacun ces petits riens qui font le beau cadre de vie : des arbres, de l'espace. Un développement urbain qui ne remplacerait pas les concessions du monde rurale et leur cour polyvalente véritable lieu de réunion familiale par un empilement d'apparts (mal) occidentalisés qui ne nous laissent plus vivre ensemble. Un développement urbain qui ...

Ah de quoi je parle... pour parler d'un développement urbain il faudrait que les autorités anticipent un peu ... Là, elles ont déjà du mal à suivre.