Les dakarois vous le diront facilement, ces chauffeurs là, ce ne sont plus les conducteurs de la défunte Sotrac, réputés pour leur grande maîtrise de la conduite, leur respect inébranlable du code de la route, qui faisait que leurs bus bénéficiaient de la part des autres conducteurs d'un certain respect et d'une courtoisie plus grande. Il suffit des les voir aujourd'hui rouler à tombeau ouvert des qu'il peuvent, prendre la deuxième ou même la troisième file comme n'importe quel chauffard dakarois et user de la masse imposante de leur hideux car comme d'un argument de droit pour se convaincre que ce sont bien des chauffeurs de cars rapides qui ont migré vers le salariat.

J'arrive donc à un carrefour lorsque j'entends débouler le monstre bleu à ma gauche. J'abandonne ma priorité et m'arrête. Le chauffeur me surveillant du coin de l'oeil, continue à regarder droit devant et a un petit rire triomphant de celui qui a intimidé le petit particulier et gagné son duel au bluff.

Ce qu'il ne sait pas évidemment c'est qu'en ex-chauffard parisien rompu au bluff dans une ville ou tout va bien plus vite, j'ai bien détecté son léger, oh très léger!, ralentissement et compris que malgré son arrivée rugissante, il était prêt à s'arrêter si je ne cédais pas. Ce qu'il ne sait pas c'est que mon abandon n'est pas un signe de lâcheté mais une mesure de mon manque de confiance envers la qualité de sa conduite et l'état de sa carcasse. En effet j'étais peu convaincu de ses capacités réelles à choisir le bon moment pour freiner et, surtout de l'état des freins de son vieux "tata".

Il va donc de son coté triomphant et je continuais du mien condescendant. Tout va bien donc.

Sauf que...

Oui, je ne pouvais jouir totalement de mon triomphe intellectuel sur ce pauvre gars. En effet le voila parti, convaincu que sa force fait loi, prêt à répéter son jeu à la prochaine rencontre. Si j'ai sauvé ma voiture et,peut être, ma petite personne, j'ai laissé un danger circuler. Aurais-je du m'imposer à mes risques et périls et lui apprendre une leçon utile à la société ?

Pareil, quand on voit un goujat contourner tranquillement la file des voitures et venir vous forcer la main pour se réinsérer dans le flot tout devant, c'est bien parce qu'il sait qu'on préférera épargner sa voiture plutôt que de résister à sa rentrée.Or si tout le monde résistait à sa rentrée, il ne ferait plus cela. En le laissant passer on rend un mauvais service à tout le monde.

Ceci parait anodin mais c'est peut être une question cruciale qui se cache ici. Celle plus large de l'impact que peut avoir nos petit choix individuels répétés chez tous le monde. Le choix du passant prudent qui n'intervient pas pour arrêter l'agression, le choix de la personne négligente qui jette un morceau de papier dans la rue, le choix de l'employé qui accepte le petit bakchich ou qui rend service ne fermant les yeux sur le règlement, le choix de posséder une voiture polluante de plus... Que sais je ?

Chacun de ces choix fait peut être sens à l'échelle individuelle mais devient catastrophique quand tout le monde l'adopte.

Il me semble que je ne fait que découvrir ici ce que tout le monde sait déjà : qu'il faut être conscient de l'impact global de son comportement, qu'il faut avoir le sens de l'intérêt général comme dirait mon amie J.


Ah... mais jusqu'à quel point ?

Tout ceci parce que j'ai laissé passer un bus.