Autre évolution intéressante, ces manifestations ont adopté un programme type, prévoyant ce qu'on appelle la cérémonie officielle, espèce de session à part pendant laquelle sont reçus les représentants des autorités, généralement une brochette de ministres émissaires du Président évidemment, pas moins. Les salamalecs sont faits, les discours plus ou moins politisés et parfois bien laudateurs, souvent pleins de doléances, le tout sous l'oeil bienvenu de la caméra de RTS. Une manière bien pratique d'isoler les protocoles du vrai programme religieux de la manifestation. Tous l'ont adopté.

Le glissement dangereux évidemment c'est qu'au yeux du public de la RTS et finalement des acteurs même des ces cérémonies, cette partie devient le véritable objet de toute la manifestation aux dépens des motifs initiaux.

Mais il y a plus...

En effet la prolifération de ces manifestations n'est pas due, ô candide lecteur, au fait que notre cher Sénégal produise plus de saints hommes et de familles sacrées que tout autre pays. Je crois qu'on peut y lire l'adaptation d'une population au fonctionnement opportuniste de ses responsables politiques.

En effet, aujourd'hui, organiser un grand ziarra drainant foule, c'est s'assurer tout de suite d'une attention accrue des autorités qui d'abord y vont de leur soutien logistique et financier à la cérémonie mais surtout donnent une certaine priorité à la localité dans le développement des infrastructures. C'est toujours un peu épatant de voirla route bitumée traverser avec insistance une zone peu fréquentée pour aller s'arreter dans un village plus équipé que toute la zone, avec électricité, eau, téléphone...

Ce que cela veut dire ? Que la ziarra et la foule qu'il draine sont devenues une clef de répartition des ressources de l'état et les sénégalais l'ont compris. Alors chaque localité s'est découvert tout à coup sa petite famille bien sainte qui mérite un ziarra annuel au moins et les populations environnantes y vont de leur soutien à cette source de bienfait pour toute la zone. On comprend alors mieux certaines réactions desdits saints hommes qui, d'une part reçoivent toujours les bras ouverts les responsables politiques et, d'autre part, se fâchent et réclament leur dû en infrastructures et même, cela s'est vu, exigent d'avoir quatre ministres dans la délégation envoyée à leur manifestation, parce le voisin lui a eu ça.

Evidemment cela ne doit pas laisser une grande place à une véritable politique d'aménagement du territoire. Les techniciens du Ministère doivent s'arracher les cheveux.

On me dira, à juste titre, que l'état du Sénégal a une longue histoire de relations poussées entres les hommes politiques et les chefs religieux. Mais cette nouvelle évolution pose quand même quelques questions essentielles :

  • L’existence d'une famille qui a su organiser une manifestation à succès est elle un critère équitable et juste dans le partage des maigres ressources de l'état entre nos localités ?
  • Que se passera-t-il lorsque chaque communauté rurale aura son ziarra d’organisé ?
  • Les ministres vont ils devenir des VRP allant de ziarra en Gammu en Maggal pêcher des voix?
  • Nos compatriotes catholiques vont ils devoir inventer le Ziarra de Notre Dame pour éviter d'être oubliés?

Plus important encore, dois-je, pour rendre service à mon village oublié me lancer dans une carrière de grand marabout ?

Ah enfin une vocation à ma mesure....

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*ziarra : ok, appellons ainsi ces manifestations religieuses qui sont un mix de pélérinage, commémoration, conférence,... etc.