En effet si on consomme aujourd'hui des pots de yaourts qui ont parcouru en moyenne 10 000 KM c'est bien parce que leur transport ne coûte rien. A l'ère de la pénurie d'énergie, ceci sera bien moins viable.

On s'imagine tout de suite le scénario cauchemardesque, nos horizons se réduisant soudain, notre monde se refermant sur lui même, aucune communauté ne bénéficiant des richesses de l'autre, le caviar disparaissant des salons de luxe occidentaux pour redevenir un simple pâté d'oeufs de poissons consommé en tartines dans les villages de pêcheurs autour de la mer noire.

Terrible hein ? Mais non en fait.

D'abord parce que si transporter de la masse devient un luxe, la mondialisation de l'information elle n'en sera pas moins présente et Britney Spears aura toujours des fans chez les petites séréres de Niodior ou les peuls de Podor. Où si vous vous la jouez plus intello, le dernier opus révolutionnaire et romantique du sous-commandant Marcos écrit au fin fond du Mexique, sera toujours lisible sur le Net pour l’apprenti altermondialiste de Nioro du Rip. Sur un ordinateur portable à manivelle de Negroponte bien sûr.

D'autre part s'il n'est plus rentable de transporter le yaourt, il deviendra peut être intéressant pour ma voisine peule de réintroduire la technique de ses ancêtres du Fouta pour me vendre un yaourt local. Mon autre voisin boulanger, redécouvrira le pain sans levure chimique et même à base de mil. Le menuisier du coin se mettra peut être à fabriquer des superbes cadres en bois pour remplacer les horreurs plastiques importées jadis et ma soeur fera ses salades de fruits avec plus de goyaves et de mangues et moins de kiwi et de raisins.

Envisagée comme cela, la relocalisation de l'économie accompagnée d'une mondialisation maintenue de l'information donne tout à coup un perspective bien bucolique. Nous redeviendrions une multitude diverse de communautés autosuffisantes pour leurs besoins matériels et s'enrichissant de toutes les connaissances du monde.

Cette vision me plait assez. Eternel optimiste, je me dis en plus qu'un pays comme le Sénégal bien moins engagé dans la gabegie énergétique appelée développement qu'un pays comme, par exemple, les USA, réussira peut plus facilement ce genre de transition.

On s'offre les reves qu'on peut...