Welcome to the new ScarCity
Par Doomu Rewmi le samedi 18 mars 2006, 00:30 - Chroniques d'une société dérèglée - Lien permanent
Scarcity. La traduction la plus proche en français c'est "rareté" je
crois.
Dakar ces jours-ci est devenue la ville de la rareté. The city of Scarcity. The
(scar)city, pour jouer avec les mots.
Nous vivons en pleine pénurie de tout.
L'eau se fait un peu rare, avec des coupures sporadiques à Dakar et une pénurie annoncée à Touba en plein Magal. Certaines zones ont passé recemment plusieurs journées robinet sec, les plus fortunés transportant des bidons dans la malle de leurs voitures pour aller s'approvisionner chez quelque parent mieux loti.
Pour l'electricité, cela semble bien plus grave. On ne peut plus parler de coupures à tour de rôle mais plutôt d'approvisionnement à tour de rôle : les coupures durent plus longtemps que les heures de fonctionnement. Pénurie de courant crie la populace dans l'obscurité (regulièrement attenuée hélas par un incendie causé par les bougies)! Pénurie de milliards pour payer le carburant ou pénurie de centrales retorque la société nationale d'électricité, Senelec. Pénurie en tout cas.
L'autre dernière pénurie en date, il est presque mal venu d'en parler, tellement les autorités l'ont démentie : le carburant. La rumeur a pourtant fortement circulé et certaines stations ont même annoncé la rupture d'approvisionnement. Mais peut etre anticipaient-elles simplement la pénurie pour vendre leur stock plus cher ? Mais rumeur il y a bien eu. Et les hausses de prix elles, se sont déja produites il y a plusieurs mois.
Ah j'allais oublier, il y a aussi le gaz. Cela fait plusieurs semaines aujourd'hui qu'il faut faire de grandes distances pour recharger sa bouteille. A voir passer la silouhette évocatrice de jeunes filles bonbonne sur la tête, on ne peut que constater l'ironie de cette civilisation qui réussi à remplacer le canari par la bonbonne et la corvée d'eau par celle de gaz.
A bien y regarder pourtant, ces pénuries ne sont peut etre pas, pour une fois, les symptômes d'une quelconque incurie chez ceux qui gèrent ces services mais plutot le résultat d'une conjoncture internationale particulière et les premiers signes d'une nouvelle ère de pénuries dont on n'est pas prêt de voir la fin.
Je m'explique...
En effet l'eau mis à part (et encore!), ces pénuries sont toutes reliées au problème d'approvisionnement en pétrole.
La Senelec d'abord qui a vu son ardoise chez ses fournisseurs grossir mécaniquement, les provisions financières faites pour l'achat étant devenues tout à coup bien trop insuffisantes avec un prix du baril qui a doublé . Résultat : il a fallu que l'état donne un coup de pouce en trésorie pour faire cesser les coupures. Mais le problème de l'approvisionnement reste toujours aigu. (D'ailleurs je ne comprends pas que la Senelec annonce qu'en construisant de nouvelles centrales, elle va mettre fin aux coupures. Comment alimenter ces centrales ? Une augmentation des factures est peut etre en vue ....)
Pour ce qui est du carburant, les augmentations du prix à la pompe sont très loin d'avoir suivi l'évolution du prix du baril. Les sénégalais profitent ici d'une certaine régulation de l'etat et devrais faire l'envie des américians qui ont subi des grosses augmentations du prix à la pompe (quoique... au prix ridiculement bas où ils le payent!). En tout cas, ces jours-ci , je ne serai pas etonné que les pétroliers menacent l'etat de pénurie pour l'obliger à négocier une autre hausse.
Mais dans les deux cas, l'origine de la pénurie est dans l'approvisionnement en produit pétrolier. Or si j'en crois certains, non seulement le prix du baril ne risque pas de redescendre mais il va remonter, parce qu'on a passé ce qu'on appelle le Pic Pétrolier ou le Pic de Hubert.
Oui c'est vrai depuis deja pas mal de temps on nous annonce l'épuisement des reserves dans 1/2 siècle ou quelque chose comme cela. Comme beaucoup j'avais tendance à penser que, bah on avait bien le temps de voir venir. Cinquante ans ca laisse même le temps de développer la fusion froide.
Ah mais non! Parce que voila, une fois le pic de production passé, on produit de moins en moins tandis que les besoins eux continuent de croitre. Résultat : Pénurie Généralisée. Et même les plus candides annoncent alors une nouvelle donne mondiale où les pays les plus forts jetteront aux orties toutes pretentions diplomatiques ou de justice internationale, pour s'approprier par la force ce qui reste et sauvegarder le mode de vie gabégique de leurs citoyens insouciants ( qui a pensé USA et Guerre en Irak ?)
Mais les plus faibles eux, que vont ils faire ? Tu as trouvé, Ô brillant lecteur, Ils vont commencer tout de suite à subir une pénurie sans fin.
Sénégalais, Sénégalaises, citoyen des pays pauvres, bienvenue dans l'ère de la rareté.
Yeah welcome to Scarcity.
Commentaires
Scarcity, a y croire certains scientifiques, il n'y a pas que les senegalais qui vont souffrir.
Mon sentiment est que dans 20 ans, les reserves de petrol et de gaz vont s'epuiser et l'on va retourner au charbon et autres ressources jusque abandonnées .
La mauvaise nouvelle est que le charbon n'est dispo qu'aux US, en Europe occidentale et en Russie.
Quand tout le monde pompé le petrol des pays du sud, baricadé l'occident, alors on passera de scarcity and HellSouth.
ce n'est qu'une question de decenies ... même plus de siecles.
Alors, Scarcity , c'est le bonheur ... pour le moment.